9 juin 2026
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la santé au Burkina Faso devient un droit accessible à tous

Longtemps, l’accès aux soins pour les Burkinabè a été entravé par des obstacles financiers insurmontables. Entre des coûts exorbitants pour les examens médicaux et des cautions disproportionnées, la santé ressemblait davantage à un privilège réservé à une minorité qu’à un droit universel. Depuis le 13 mars 2024, une réforme audacieuse a commencé à briser ces barrières, marquant un tournant décisif pour des milliers de patients.

des mesures concrètes pour briser les barrières financières

Dans les couloirs surchargés des hôpitaux publics du Burkina Faso, chaque patient porte en lui une histoire de lutte contre la maladie, souvent aggravée par l’incapacité à payer des soins vitaux. Avant cette réforme, des vies ont été perdues faute de moyens pour déposer une caution ou assumer des frais médicaux exorbitants. Madi Diallo, dont la sœur est décédée faute de pouvoir payer une dialyse urgente, incarne cette tragédie humaine.

« Il y a trois ans, ma sœur avait besoin d’une dialyse en urgence. Il fallait déposer une caution de 500 000 F CFA, une somme que nous ne possédions pas. Elle est décédée avant de pouvoir être soignée. Aujourd’hui, cette caution n’existe plus, mais pour nous, elle arrive trop tard. »

Cette mesure phare de suppression de la caution pour la dialyse, combinée à une réduction significative des tarifs de plusieurs examens médicaux, a transformé l’accès aux soins. Désormais, un scanner coûte 25 000 F CFA au lieu de 50 000 F CFA, et une IRM est facturée 40 000 F CFA contre 100 000 F CFA auparavant. Ces ajustements tarifaires visent à alléger le fardeau financier des patients, en particulier des plus vulnérables.

l’impact tangible de la réforme sur le terrain

Au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, à Ouagadougou, l’application de ces nouvelles mesures se ressent immédiatement. Dame Ouédraogo, venue passer une IRM pelvienne, témoigne de son soulagement :

« Le tarif est devenu très abordable. J’ai payé 40 000 F CFA, produits compris, alors qu’ailleurs, le même examen peut coûter jusqu’à 150 000 F CFA. L’économie réalisée me permet de continuer à participer aux tontines et de maintenir mes engagements sociaux. »

Le directeur général du CHU de Bogodogo, Seydou Nombré, confirme l’effectivité de ces changements :

« Le tarif de l’IRM est désormais fixé à 40 000 F CFA, et surtout, la caution de 500 000 F CFA a été supprimée. Le patient n’a plus aucune avance à verser. Pour une dialyse d’urgence, le coût est désormais de 2 500 F CFA. »

Ces réformes ne se limitent pas à la capitale. Au Centre hospitalier régional de Ziniaré, dans la région de l’Oubritenga, la réduction des coûts s’accompagne d’un renforcement de l’offre de soins. Désormais, tous les examens sont réalisés sur place, évitant aux patients des déplacements coûteux vers Ouagadougou. Le directeur général du CHR de Ziniaré, Mady Zorné, souligne l’impact de ces mesures :

« Depuis la mise en œuvre de la réforme, les évacuations vers la capitale ont fortement diminué. Les praticiens disposent désormais des examens d’imagerie nécessaires pour poser leurs diagnostics, ce qui améliore l’efficacité de l’ensemble de la chaîne de soins. »

des avancées significatives, mais des défis persistants

Malgré ces progrès encourageants, des obstacles structurels subsistent. Au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, le service de dialyse, équipé de 34 machines, fait face à une demande croissante. Chaque jour, près de 100 patients sont pris en charge, répartis en trois rotations quotidiennes. La suppression de la caution de 500 000 F CFA a permis à 16 nouveaux patients d’intégrer le centre sans avancer cette somme, mais les listes d’attente restent longues.

Tuina Nsoma Hélène, majore du service de dialyse, explique :

« Un décès équivaut à une place libre pour un patient en attente. Malgré la suppression de la caution, le nombre limité de machines ne permet pas d’absorber la demande. Nous espérons que l’État pourra également réduire ou supprimer les frais d’examens complémentaires, qui pèsent lourdement sur les patients chroniques. »

À Bobo-Dioulasso, au Centre hospitalier universitaire Sourou Sanou, la baisse des tarifs a également un impact positif sur les dépenses quotidiennes des patients. Élie Ouattara, venu acheter des produits médicaux, se réjouit de cette mesure :

« Les prix sont vraiment abordables. C’est un vrai soulagement pour nous. »

Cependant, le Dr Hamidou Sawadogo, néphrologue au CHU Sourou Sanou, souligne les limites actuelles :

« La majorité des patients étaient déjà suivis avant la réforme. Depuis l’entrée en vigueur de la gratuité, nous n’avons intégré que 17 nouveaux hémodialysés. De nombreux cas aigus nécessitant une dialyse ne peuvent être pris en charge par manque de places. »

Il plaide pour un élargissement immédiat du centre, le recrutement urgent de personnel qualifié et l’équipement supplémentaire des salles de dialyse afin de répondre à la demande croissante.

vers une santé plus accessible et plus humaine

Malgré les défis logistiques, la réforme a déjà permis à de nombreux Burkinabè de bénéficier de soins sans craindre une facture exorbitante. La santé n’est plus un luxe, mais un droit progressivement accessible à tous. Comme le souligne un patient en dialyse au CHU Sourou Sanou :

« Nous souhaitons que les centres de dialyse soient multipliés et proches de chaque communauté. Si chaque patient pouvait se soigner dans sa localité, ce serait un immense soulagement. »

Alors que le Burkina Faso continue d’investir dans ses infrastructures sanitaires, avec l’inauguration récente du Centre hospitalier universitaire de Pala et l’annonce de neuf autres CHU de haut standing, l’espoir d’un système de santé plus équitable et performant se renforce. Chaque pas compte dans la construction d’une nation où soigner ne sera plus jamais un privilège.

Les témoignages recueillis à travers le pays confirment que, même si la route est encore longue, l’accès aux soins vitaux devient peu à peu une réalité pour des milliers de familles burkinabè.