24 juillet 2026
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Le Sénégal lance sa première obligation financière verte pour révolutionner l’agriculture

Dans une initiative historique, le groupe agro-industriel indo-sénégalais Swami Agri, filiale du groupe indien Senegindia, vient d’annoncer le premier Agri Green Bond émis sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce bond, d’un montant de 30 milliards de francs CFA, vise à financer des infrastructures cruciales pour l’autosuffisance alimentaire et la transition énergétique du pays.

Panorama du quartier financier du Plateau à Dakar, symbole de l'innovation économique sénégalaise.

Des infrastructures solaires pour sécuriser la chaîne alimentaire

Cette émission obligataire verte permettra à Swami Agri d’acquérir cinq chambres froides solaires et de construire une centrale photovoltaïque. Ces équipements répondent à un enjeu majeur pour le Sénégal : réduire les pertes postrécolte qui grèvent la compétitivité du secteur agricole.

« La souveraineté alimentaire passe aussi par la maîtrise du stockage et de la transformation des récoltes. Ces infrastructures permettront de limiter l’inflation des prix et de garantir une meilleure accessibilité aux produits locaux pour les consommateurs », explique Ababacar Diaw, directeur général d’Impaxis Securities, la banque d’affaires sénégalaise qui structure cette opération.

Avec ses 3 700 hectares exploités, Swami Agri produit déjà 80 % des pommes de terre et 9 % des oignons consommés au Sénégal. Les nouvelles infrastructures devraient réduire de 50 % les pertes postrécolte tout en diminuant de 20 à 30 % les émissions de CO₂ grâce à l’énergie solaire.

Une innovation financière pour dynamiser l’économie locale

Cette opération s’inscrit dans une volonté de diversifier les sources de financement pour l’agriculture. Impaxis Securities a déjà structuré en 2024 une obligation verte de 400 millions de dollars pour la Banque d’investissement et de développement de la Cédéao (BIDC). Cette expérience montre le potentiel des marchés financiers régionaux pour financer des projets durables.

« Les entrepreneurs sénégalais font face à des difficultés d’accès au crédit classique, avec des garanties bancaires souvent trop exigeantes et des taux d’intérêt prohibitifs. Les obligations vertes offrent une alternative concrète pour mobiliser des fonds tout en soutenant la transition écologique », souligne Abdou Diaw, journaliste économique et enseignant au Cesti.

Cependant, des défis persistent. « Il reste à renforcer le cadre réglementaire et à sensibiliser davantage les acteurs locaux aux mécanismes de ces instruments financiers », ajoute-t-il.

Un marché financier régional en pleine maturation

La période de souscription de cette obligation, ouverte du 30 juillet au 5 août 2026, s’adresse à un large éventail d’investisseurs : assureurs, caisses de retraite, institutionnels, entreprises à forte trésorerie et même particuliers. Le fonctionnement reste classique, avec un coupon assorti d’un taux d’intérêt attractif.

Cette initiative marque une étape importante pour le marché financier de l’UEMOA, traditionnellement dominé par la dette publique. Elle démontre que les acteurs privés peuvent désormais jouer un rôle clé dans le financement de la transition énergétique et de l’autosuffisance alimentaire, deux priorités stratégiques pour le Sénégal et ses voisins.