9 juin 2026
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Le Niger sous le feu des projecteurs pour la dissolution de ses syndicats judiciaires

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, co-piloté par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dénonce avec la plus grande fermeté les décisions administratives prises par le gouvernement nigérien. Cinq syndicats du secteur judiciaire — le Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman), l’Union des magistrats du Niger (Uman), le Syndicat national des agents de justice (Snaj), le Syndicat des cadres et agents techniques du ministère de la Justice (Syncat) et le Syndicat indépendant des magistrats du Niger (Siman) — ont été dissous sans base légale par le ministre de l’Intérieur, Mohamed Toumba, le 7 août 2025. Ces mesures, suivies de la radiation de deux magistrats leaders du Saman, Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou, constituent une violation flagrante des libertés fondamentales.

L’Observatoire exige l’annulation immédiate de ces arrêtés et le respect des engagements internationaux du Niger en matière de droits humains. Ces décisions, prises sous couvert d’une ordonnance obsolète, sapent les fondements mêmes de l’État de droit et de la démocratie.

Des dissolutions arbitraires et sans fondement juridique

Les cinq arrêtés de dissolution, signés le 7 août 2025, reposent sur une ordonnance de 1984 relative aux associations à but non lucratif. Pourtant, les syndicats relèvent d’un régime juridique distinct, encadré par le Code du travail nigérien et les conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Selon l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), ces dissolutions violent non seulement la législation nationale, mais aussi les engagements internationaux ratifiés par le Niger, notamment la Convention n°87 de l’OIT sur la liberté syndicale.

Le ministre de la Justice, Alio Daouda, a justifié ces mesures en invoquant des « dérives répétées » et des « intérêts personnels » des syndicats. Une justification jugée infondée par les observateurs, d’autant que les syndicats concernés avaient dénoncé publiquement les manquements de l’exécutif. Le lendemain de ces dissolutions, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé une grève de protestation les 14 et 15 août 2025.

Radiation de magistrats : une répression ciblée contre les voix dissidentes

La répression ne s’est pas limitée aux syndicats. Le président nigérien, Abdourahamane Tiani, a pris deux décrets présidentiels pour radier Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général du Saman, et Moussa Mahamadou, secrétaire général adjoint, du corps de la magistrature. Ces sanctions interviennent après que ces derniers aient critiqué les dissolutions et appelé à une grève générale pour réclamer leur réintégration.

Ces radiations, qualifiées d’illégales par de nombreux observateurs, s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction des libertés. Depuis plusieurs mois, le Niger fait face à une détérioration de l’espace civique, avec des arrestations arbitraires de défenseur·es des droits humains, comme Moussa Tchangari, détenu depuis près de neuf mois pour avoir critiqué les décisions gouvernementales.

Une menace systémique pour l’indépendance de la justice

Au-delà des syndicats, c’est l’indépendance du pouvoir judiciaire qui est en jeu. L’Ordre des avocats du Niger a alerté sur les risques de compromission de la liberté d’expression, de la liberté syndicale et même du droit à la défense. Ces dissolutions violent plusieurs textes internationaux, dont :

  • L’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par le Niger ;
  • L’article 36 de la Charte de la refondation du Niger (2025) ;
  • Les articles 10 et suivants de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
  • Les Conventions n°87 et n°98 de l’OIT, ratifiées respectivement en 1961 et 1962.

Pour l’Observatoire, ces mesures ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une stratégie d’intimidation visant à museler toute opposition au pouvoir en place. La liberté syndicale, pilier de la démocratie, est ainsi sacrifiée sur l’autel de l’autoritarisme.

Appel à l’action : la communauté internationale doit réagir

Face à cette escalade répressive, l’Observatoire appelle les autorités nigériennes à :

  • Révoquer les arrêtés de dissolution des cinq syndicats judiciaires ;
  • Réintégrer immédiatement les deux magistrats radiés, Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou ;
  • Mettre fin au harcèlement contre les défenseur·es des droits humains et les syndicats ;
  • Garantir le respect des libertés d’association, d’expression et syndicale, conformément aux engagements internationaux du Niger.

La situation au Niger rappelle tragiquement les dangers d’un pouvoir judiciaire soumis à l’exécutif. Sans une intervention urgente de la communauté internationale, la démocratie nigérienne risque de s’effondrer sous le poids de l’arbitraire. L’heure n’est plus à l’observation passive : il est temps d’agir pour sauver les libertés fondamentales.