9 juin 2026
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Une rencontre inspirante sur la décentralisation et son impact local au Tchad

L’École Nationale d’Administration (ENA) a ouvert ses portes, ce vendredi après-midi, à une conférence-débat d’envergure, placée sous le signe de la décentralisation et du rôle des conseils provinciaux. Animée par Albert Pahimi Padacké, sénateur et ancien Premier ministre, cette rencontre a rassemblé une assemblée variée : étudiants en formation administrative, fonctionnaires, administrateurs civils et figures politiques. Tous étaient réunis pour échanger sur un thème d’une actualité pressante : « Les conseils provinciaux, leviers du développement local ? »

Un conférencier aguerri face à un public attentif

Albert Pahimi Padacké, personnalité politique expérimentée, a marqué son auditoire par une intervention à la fois pédagogique et pragmatique. Diplômé en administration publique, il a partagé son expertise en retraçant l’histoire et les enjeux actuels de la décentralisation au Tchad. Dès les premiers mots, il a souligné l’importance d’un dialogue constructif entre les acteurs locaux et l’État pour bâtir un développement inclusif.

Les racines historiques d’une réforme majeure

Le processus de décentralisation tchadien plonge ses origines dans les années 1990, une période charnière marquée par les transitions démocratiques en Afrique et les exigences des partenaires internationaux. Cette dynamique s’est concrétisée lors de la Conférence Nationale Souveraine de 1993, qui a posé les bases d’un État unitaire mais fortement décentralisé. La Constitution du 31 mars 1996, puis celle du 29 décembre 2023, ont ancré cette vision dans le paysage juridique tchadien.

Plusieurs textes législatifs ont depuis encadré cette transition, notamment la loi organique n°14 de 2024, relative aux statuts des collectivités autonomes, et la loi organique n°28 de 2024, définissant les compétences partagées entre l’État central et les provinces. Ces lois prévoient un transfert de compétences et de ressources vers les conseils provinciaux, conformément au principe de subsidiarité inscrit à l’article 271 de la Constitution.

Albert Pahimi Padacké s'exprimant lors de la conférence-débat sur la décentralisation

Trois axes pour décrypter les défis et opportunités

L’ancien Premier ministre a structuré son intervention autour de trois axes clés. D’abord, il a expliqué comment la décentralisation, en tant que levier politique et normatif, peut stimuler le développement local. Ensuite, il a pointé les obstacles persistants : retards dans le transfert des ressources financières et humaines, lacunes en matière de capacités techniques, et complexités de gouvernance entre administrations centrales et élus locaux. Enfin, il a proposé des solutions concrètes pour faire des conseils provinciaux de véritables acteurs du progrès.

Des freins à surmonter pour une décentralisation efficace

Parmi les défis identifiés, le retard dans l’application des lois et le manque de moyens alloués aux provinces se distinguent. Les textes, bien qu’ambitieux, nécessitent des décrets d’application pour être pleinement opérationnels. Pahimi Padacké a également souligné les difficultés de coordination entre les services déconcentrés de l’État et les collectivités élues, ainsi que l’insuffisance des compétences locales pour gérer les transferts de compétences.

Vers une décentralisation réelle et inclusive

Pour transformer ces obstacles en opportunités, l’orateur a proposé plusieurs pistes. Il a insisté sur la nécessité d’accélérer le transfert effectif des ressources, notamment la quote-part des revenus pétroliers et fiscaux, tout en renforçant les capacités des élus et des agents provinciaux. Il a aussi plaidé pour des mécanismes de suivi et d’évaluation plus robustes, ainsi qu’une implication accrue de la société civile et des partenaires au développement. Le respect strict du principe de subsidiarité est, selon lui, la clé pour éviter une décentralisation formelle, voire illusoire.

En conclusion, Albert Pahimi Padacké a lancé un appel vibrant aux futurs administrateurs et décideurs. Pour lui, la réussite de la décentralisation est indissociable de l’équilibre du développement national et de la proximité entre les citoyens et leurs institutions. Une gestion locale efficace et transparente pourrait ainsi réduire les inégalités territoriales et renforcer la cohésion nationale.