24 juillet 2026
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Une réduction spectaculaire de 97 % de l’impôt sur les sociétés du secteur minier gabonais frappe les esprits dans le cadre de la loi de finances rectificative adoptée le 17 juillet. Le montant attendu passe ainsi de 53,2 milliards à seulement 1,47 milliard de francs CFA, amputant le budget 2025 d’un total de 51,8 milliards de francs CFA, soit près de 80 millions d’euros. Une décision sans précédent qui touche exclusivement les industries extractives, soulignant l’ampleur de cette révision.

Un secteur minier stratégique en pleine mutation

Le Gabon mise depuis des années sur les industries extractives, avec le manganèse comme fer de lance, aux côtés du pétrole et du bois. Deuxième producteur mondial de manganèse, le pays extrait ce minerai principalement dans la région du Haut-Ogooué, par l’intermédiaire de Comilog (filiale du groupe français Eramet) et de Nouvelle Gabon Mining. Depuis le coup d’État de 2023, marqué par l’avènement du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités ont réaffirmé leur volonté de renforcer les recettes fiscales issues des concessions minières. Pourtant, la baisse drastique de l’impôt sur les sociétés dans les comptes publics va à l’encontre de cette ambition affichée.

Plusieurs éléments expliquent cette décision. Le marché international du manganèse a connu une chute brutale depuis la seconde moitié de 2024, après un pic consécutif à l’incendie d’une mine en Australie. Cette dégringolade des prix a directement impacté les marges des opérateurs miniers au Gabon, réduisant mécaniquement leur assiette imposable. Cependant, l’écart entre les prévisions initiales et la réalité budgétaire interroge sur la rigueur des estimations retenues dans la loi de finances initiale.

Transparence et rente extractive : un équilibre fragile

Le Gabon, réengagé dans le processus de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) après plusieurs années d’absence, se trouve face à un paradoxe. Les 51,8 milliards de francs CFA abandonnés équivalent à plusieurs mois de salaires de la fonction publique dans certains ministères clés. Cette perte survient alors que Libreville négocie activement avec le Fonds monétaire international (FMI) un nouveau soutien budgétaire, dans un contexte de tensions financières et de recours accru aux marchés de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour financer les dépenses courantes.

Les observateurs locaux pointent une incohérence entre le discours officiel, qui prône une fermeté envers les multinationales extractives, et les ajustements budgétaires concrets. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient promis une révision exhaustive des conventions minières et pétrolières, avec pour objectif de renégocier les régimes fiscaux jugés trop avantageux pour les investisseurs. Pourtant, deux ans plus tard, l’impôt sur les sociétés du secteur minier ne représente que 3 % de la cible initiale, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie sur les hypothèses économiques ou contractuelles ayant conduit à ce revirement.

Un impact immédiat sur les choix budgétaires nationaux

Cette révision fiscale intervient à un moment charnière, alors que le Gabon doit finaliser son cadrage budgétaire pluriannuel et arbitrer entre la poursuite des grands projets d’infrastructures et la maîtrise du déficit. Une perte de 51,8 milliards de francs CFA force le gouvernement à revoir ses priorités, soit en réduisant les dépenses, soit en augmentant l’endettement intérieur. Les partenaires internationaux suivront de près la manière dont l’exécutif justifiera cet écart lors des débats parlementaires.

Pour les acteurs miniers, cette décision envoie un signal ambigu. D’un côté, la baisse de la pression fiscale leur offre un répit bienvenu dans un contexte de prix déprimés. De l’autre, elle risque d’alimenter les critiques sur la redistribution équitable des richesses issues des ressources naturelles. La prochaine loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra clarifier si cet ajustement relève d’une exception temporaire ou d’un changement de paradigme dans la fiscalité minière gabonaise.