9 juin 2026
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L’impensable s’est produit à Dakar : le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de démettre Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre, mettant un terme brutal à une collaboration qui, depuis des mois, montrait des signes d’essoufflement. Le fondateur du parti Pastef, autrefois considéré comme l’ombre du chef de l’État, se retrouve désormais en position de force au sein de l’Assemblée nationale, où son mouvement politique détient une majorité solide depuis les dernières élections législatives.

Une alliance politique aux fondations fragilisées

Le tandem Faye-Sonko, né après la victoire électorale de 2024, était présenté comme une expérience inédite en Afrique de l’Ouest. Le président, propulsé à la tête de l’État après l’exclusion de son mentor, et le Premier ministre, figure charismatique et leader incontesté du Pastef, devaient incarner une gouvernance partagée. Pourtant, les divergences sur la gestion des réformes, les dossiers judiciaires hérités de l’ère Macky Sall ou encore les orientations économiques ont progressivement creusé un fossé entre eux. La Constitution sénégalaise, qui accorde une prééminence absolue au chef de l’État, a fini par rendre cette cohabitation intenable.

Ousmane Sonko mise sur l’Assemblée pour conserver son influence

Privé de son poste à la Primature, Ousmane Sonko ne compte pas s’effacer. En s’appuyant sur la majorité parlementaire acquise lors des législatives, il transforme l’Assemblée nationale en un bastion politique où il peut continuer à peser sur les décisions nationales. Cette stratégie rappelle celle d’autres figures politiques africaines, contraintes de se recentrer sur le Parlement pour maintenir leur poids institutionnel. Pour Bassirou Diomaye Faye, cette situation représente un défi majeur : il devra désormais composer avec une majorité parlementaire encore fidèle à son prédécesseur, ce qui complique la mise en œuvre de son agenda législatif.

Quelles répercussions pour le Sénégal et ses partenaires

Cette rupture dépasse le cadre d’un simple conflit personnel. Elle interroge la viabilité du projet souverainiste porté par le Pastef, qu’il s’agisse de la renégociation des accords pétroliers et gaziers, de la révision du franc CFA ou encore de l’audit des finances publiques. Les acteurs internationaux, du FMI aux investisseurs exploitant les ressources de Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, suivront avec attention l’évolution de la stabilité politique du Sénégal, jusqu’ici perçu comme un modèle de démocratie en Afrique.

Sur la scène régionale, cet épisode survient à un moment crucial pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), alors que plusieurs pays du Sahel ont choisi de se retirer pour former l’Alliance des États du Sahel. Dakar, qui jouait un rôle clé de médiateur sous l’impulsion de Bassirou Diomaye Faye, pourrait voir son influence diplomatique s’affaiblir. Reste à savoir si le président saura former une nouvelle équipe gouvernementale capable de rétablir la stabilité, ou si les soutiens d’Ousmane Sonko dans la rue feront entendre leur voix pour contester cette décision.

Le Sénégal entre dans une période d’incertitude politique dont les conséquences façonneront durablement le paysage institutionnel du pays, après la deuxième alternance démocratique de son histoire.