9 juin 2026
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Chad's President Mahamat Idriss Deby attends the working lunch on reform of the international financial architecture at the Africa Forward summit in Nairobi on May 12, 2026. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Tchad : une dérive autoritaire qui inquiète la société civile

Le régime de Mahamat Idriss Déby ne cesse de renforcer son emprise sur le pouvoir au Tchad. Deux semaines après l’arrestation de huit responsables de l’opposition, ces derniers ont été condamnés à huit ans de prison ferme pour avoir planifié une marche pacifique dénonçant les dysfonctionnements de la gouvernance. Leur plateforme, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), prévoyait une manifestation le 2 mai avant d’être officiellement dissoute par la Cour suprême le 7 mai.

Une opposition muselée et un parti dominant

Ces condamnations s’ajoutent à celle de Succès Masra, leader du parti des Transformateurs, condamné en août 2025 à vingt ans de prison pour « incitation à la haine ». Avec la dissolution du GCAP, le Mouvement patriotique du salut, parti présidentiel, se retrouve sans opposition crédible. Depuis plus de six ans, les manifestations publiques sont interdites, et certaines ont été réprimées dans le sang, comme en octobre 2022 où plus de 200 manifestants ont trouvé la mort.

Les avocats des dirigeants du GCAP dénoncent des détentions arbitraires et un procès expéditif, basé sur des accusations contestées comme « association de malfaiteurs » et « rébellion ». Cette instrumentalisation du système judiciaire alimente les craintes d’un retour à un régime autoritaire, similaire à ceux de François Tombalbaye ou Hissène Habré, où seul un parti pro-gouvernemental était toléré.

Une escalade de la répression et des violences

Le 29 avril, des militants des Transformateurs célébrant leur huitième anniversaire ont été la cible d’une attaque armée, faisant un mort, deux blessés graves et l’enlèvement et la torture du trésorier du parti. Bien que le gouvernement ait promis des poursuites, ces incidents se multiplient, normalisant l’usage disproportionné de la force.

Depuis le début de la transition politique en 2021, suite au décès d’Idriss Déby Itno, l’espace public se rétrécit et l’opposition est systématiquement étouffée. La révision constitutionnelle d’octobre 2025, prolongeant le mandat présidentiel à sept ans, confirme cette tendance. Une mesure qui rappelle les pratiques des régimes autoritaires passés, où la limitation des mandats était systématiquement supprimée.

Un risque de radicalisation accru

L’usage excessif de la force par les autorités pourrait radicaliser une partie de la population, notamment les jeunes, et alimenter un cycle de violences. Depuis 1964, le Tchad est marqué par des conflits récurrents et une instabilité chronique, avec des coups d’État et des insurrections fréquents. Tombalbaye, Habré et Déby lui-même ont tous été victimes de renversements violents, illustrant cette tradition de prise de pouvoir par la force.

Pour éviter une nouvelle descente aux enfers, il est urgent de rétablir le dialogue entre le régime, l’opposition et la société civile. La protection des libertés fondamentales, la séparation des pouvoirs et le respect de l’état de droit doivent être prioritaires. Les forces de l’ordre doivent adopter des mesures proportionnelles lors des rassemblements, avec un encadrement strict et des formations adaptées.

Les organisations régionales et internationales, comme l’Union africaine ou l’ONU, doivent encourager un retour à la modération et au dialogue, avant que la situation ne dégénère davantage.