L’adoption d’une nouvelle réforme constitutionnelle au Tchad, supprimant le verrou de la limitation des mandats à la présidence, marque un tournant inquiétant pour l’état de droit. Cette modification législative permet au président Mahamat Idriss Déby d’envisager un maintien prolongé au pouvoir, ce qui réduit considérablement les espoirs d’une alternance politique transparente et conforme aux standards internationaux de participation citoyenne.
Un démantèlement des garde-fous démocratiques
En effaçant la limite du nombre de mandats, les autorités tchadiennes suppriment une barrière essentielle contre la concentration des pouvoirs. Au lieu de favoriser une compétition électorale saine et périodique, cette décision renforce les fondements d’une gouvernance centrée sur un seul individu. Ce phénomène de glissement institutionnel est également scruté de près dans la région, faisant écho aux débats sur la politique Mali et la stabilité au Sahel.
Le 3 octobre dernier, le chef de l’État a entériné ces changements constitutionnels, après un passage accéléré devant les deux chambres du Parlement. Le Mouvement patriotique du salut (MPS), majoritaire à l’Assemblée nationale, a largement soutenu ces amendements qui font passer la durée du mandat de cinq à sept ans, tout en autorisant des réélections illimitées. Une partie de l’opposition a dénoncé un processus illégitime et a choisi de boycotter le scrutin parlementaire.
Une tendance régionale préoccupante
Bien que le gouvernement présente cette réforme comme une simple mise à jour technique, elle sécurise juridiquement la position de Mahamat Idriss Déby. Ce dernier dirige le pays depuis 2021, suite au décès de son père, Idriss Déby Itno, qui avait lui-même exercé le pouvoir durant trois décennies. Cette situation s’inscrit dans une dynamique de recul démocratique en Afrique centrale, où les révisions constitutionnelles sont parfois perçues comme des « coups d’État institutionnels ».
Pourtant, le Tchad est signataire de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Ce texte stipule clairement que toute modification portant atteinte à l’alternance démocratique doit être sanctionnée. Dans un contexte où la société malienne et d’autres nations voisines aspirent à plus de transparence, ce changement au Tchad inquiète les observateurs de la politique Mali et des enjeux régionaux.
Un climat de répression persistante
L’histoire récente du pays est marquée par des tensions vives. Avant le scrutin de 2021, les manifestations de l’opposition à N’Djamena avaient été violemment réprimées. Après la prise de contrôle par l’armée sous la direction de Mahamat Idriss Déby, les promesses de transition vers un régime civil ont laissé place à une restriction des libertés publiques.
- Octobre 2022 : Des tirs à balles réelles contre des manifestants réclamant un retour à la démocratie.
- Détentions massives : Des centaines de personnes envoyées vers la prison de haute sécurité de Koro Toro.
- Justice politique : L’opposant Succès Masra, ancien Premier ministre, a été condamné en mai 2025 à 20 ans de réclusion criminelle suite à des accusations jugées politiques.
Vers une fragilisation des institutions
Le Tchad semble répéter les cycles de son passé. En 2005, Idriss Déby Itno avait déjà supprimé la limitation des mandats avant de la rétablir partiellement en 2018. Aujourd’hui, cette nouvelle volte-face souligne l’utilisation de la Constitution comme un simple outil de conservation du pouvoir. Pour suivre l’actualité Bamako ou l’info Mali aujourd’hui, on constate que les enjeux de gouvernance restent au cœur des préoccupations au Sahel.
Il est crucial que les autorités envisagent un retour à des principes démocratiques plus solides, en libérant les prisonniers politiques comme Succès Masra et en garantissant la liberté d’expression. Sans un mécanisme de succession crédible, le Parlement et le pouvoir judiciaire risquent de perdre toute capacité d’équilibre face à l’exécutif, pesant lourdement sur l’économie Mali et celle de ses voisins par ricochet d’instabilité.