9 juin 2026
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Succession au Bénin après Talon : une tentative de coup d’État déjouée relance les débats

Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

L’arrestation récente de trois personnalités influentes au Bénin, dans le cadre d’une enquête pour projet de coup d’État, a propulsé la question de la succession du président Patrice Talon au cœur de l’actualité politique. Cette affaire survient alors que son second mandat, qui s’achèvera en 2026, approche à grands pas. Les événements récents mettent en lumière les tensions autour du futur leadership du pays.

Des arrestations qui bouleversent le paysage politique béninois

Mercredi, le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) au Bénin a révélé que le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, ainsi que l’ancien ministre Oswald Homéky et l’homme d’affaires Olivier Boko, avaient été interpellés dans la nuit du lundi au mardi. Ces trois figures sont accusées d’avoir planifié une action visant à destabiliser l’ordre constitutionnel dans ce pays d’Afrique de l’Ouest peuplé de 13 millions d’habitants. Selon les investigations, le commandant de la Garde républicaine aurait depuis été libéré.

Les autorités judiciaires indiquent que MM. Boko et Homéky avaient ouvert un compte bancaire « dans les livres de la NSIA Côte d’Ivoire au profit du commandant de la Garde républicaine », avec pour objectif de « perpétrer par la force un coup d’État le 27 septembre 2024 ». Cependant, la banque NSIA Côte d’Ivoire a démenti toute ouverture de compte à ce nom ou pour son compte.

Olivier Boko : un proche du président aux ambitions politiques contestées

Âgé de 60 ans, Olivier Boko, PDG du groupe Denrées et Fournitures Alimentaires (DFA), entretient une relation de longue date avec Patrice Talon, remontant à une vingtaine d’années. Souvent décrit comme son « bras droit », il n’a jamais occupé de fonction officielle au sein de l’appareil présidentiel. Ces derniers mois, il a cependant affiché publiquement ses ambitions pour la magistrature suprême en 2026, ce qui aurait déplu au président en exercice. Son projet était soutenu par l’ancien ministre des Sports, Oswald Homéky. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, atteindra la limite constitutionnelle de deux mandats en 2026.

Une nouvelle phase dans la course à la succession

« Nous venons d’aborder une nouvelle phase dans la marche vers les élections générales de 2026 », a déclaré Tiburce Adagbè, analyste politique, à l’AFP. « Si la justice doit suivre son cours, l’un des accusés, l’un des principaux prétendants à la succession de Patrice Talon, se retrouve désormais dans une position délicate », a-t-il ajouté. Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne que « l’environnement est instable, avec une géopolitique sous-régionale qui interpelle ». Ces dernières années, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont connu des coups d’État perpétrés par des militaires renversant des dirigeants élus démocratiquement.

« Je n’ai aucune inquiétude », a tempéré Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et soutien du président Talon. « Faisons confiance à la justice. Restons sereins », a-t-il insisté. En revanche, Valentin Djenontin, opposant en exil contacté par téléphone, a affirmé que « si Olivier Boko se voyait décerner un mandat de dépôt, il ne serait pas surpris de voir des manifestations de soutien en faveur de Talon, qui resterait le seul maître à bord ».

Réactions politiques et condamnations unanimes

Le parti FCBE, principale force d’opposition, a « condamné cette tentative de coup d’État » et réaffirmé son opposition à toute accession au pouvoir par des moyens autres que les urnes. Le Bloc républicain, l’un des partis de la majorité présidentielle, a également réagi en qualifiant les faits de « gravité extrême » et en condamnant « toute velléité de déstabilisation ou d’acte visant à remettre en cause l’ordre démocratique ».

Dès l’arrestation d’Olivier Boko, le groupe Objectif Bénin 2026, qui soutient sa candidature à la présidentielle de 2026, a dénoncé « une atteinte grave aux droits fondamentaux », un « acharnement politique évident » et des « méthodes répressives inacceptables ». Le président Talon est régulièrement critiqué par ses détracteurs pour une dérive autoritaire dans un pays autrefois salué pour la vitalité de sa démocratie.

Un contexte politique sous haute tension

Cette affaire survient dans un contexte où les tensions politiques sont palpables. Les observateurs soulignent que la stabilité du Bénin, autrefois perçu comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, est désormais mise à l’épreuve. Les récentes arrestations et les accusations de coup d’État planifié révèlent des fractures au sein même du pouvoir et des ambitions personnelles qui pourraient bouleverser l’équilibre politique du pays avant l’échéance de 2026.