9 juin 2026
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le Niger sous la junte militaire : une année noire pour les droits humains

Un an après le coup d’État militaire au Niger, les autorités de la junte ont intensifié la répression contre l’opposition, les médias et les voix dissidentes. Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénoncent une détérioration alarmante des libertés fondamentales dans le pays.

Parmi les mesures prises par la junte : l’arrestation arbitraire de l’ancien président Mohamed Bazoum, de plus de trente responsables du gouvernement renversé, ainsi que de journalistes. Les autorités ont également ignoré les demandes de transparence sur les dépenses militaires, malgré leurs promesses de lutte contre la corruption. Les organisations appellent à la libération immédiate de tous les détenus politiques et au respect des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression et d’association.

une année de violations des droits fondamentaux

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont renversé le président élu Mohamed Bazoum. Depuis, ce dernier, sa famille et plusieurs membres de son gouvernement sont détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey.

Les trois organisations ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes quant à leur bien-être et à leur sécurité. En août 2023, les autorités ont annoncé vouloir juger Mohamed Bazoum pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure ». Cependant, aucun procès équitable n’a encore eu lieu. En septembre 2023, l’ex-président a porté plainte devant la Cour de justice de la CEDEAO pour violations de ses droits, et en décembre, la Cour a statué en sa faveur, exigeant sa libération. Malgré cela, les autorités ont engagé une procédure pour lever son immunité présidentielle en avril 2024, une décision jugée non conforme aux normes internationales.

Plus de trente responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres et des proches de Bazoum, ont également été arrêtés sans respect des procédures légales. Plusieurs d’entre eux ont été placés en détention au secret avant d’être transférés dans des prisons de haute sécurité. Quatre ont été libérés sous caution en avril, tandis que les autres sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État par un tribunal militaire.

répression des médias et de la société civile

Depuis le coup d’État, la liberté de la presse au Niger a subi de graves restrictions. Des journalistes ont été menacés, harcelés et arrêtés, poussant beaucoup à l’autocensure par crainte de représailles. Voici quelques cas emblématiques :

  • Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée le 30 septembre 2023 par des hommes se faisant passer pour des forces de sécurité. Son lieu de détention est resté inconnu pendant une semaine avant qu’elle ne soit transférée à la police judiciaire de Niamey. Elle a été inculpée pour « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public » et libérée sous caution en octobre, sans date de procès fixée.
  • Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller de Mohamed Bazoum, a été arrêté le 13 avril 2024 après avoir dénoncé le coup d’État sur les réseaux sociaux. Il a été inculpé de « complot contre la sûreté de l’État » et placé en détention provisoire en mai.
  • Soumana Maiga, directeur de publication du journal L’Enquêteur, a été arrêté le 24 avril 2024 après la publication d’un article sur l’installation présumée de systèmes d’écoute par des agents russes. Il a été libéré sous caution le 9 juillet en attendant son procès.
  • Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a reçu des menaces des forces de sécurité après avoir couvert la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri. Elle a fui le Niger par crainte pour sa sécurité. Le 26 avril, Ali Tera, un militant interviewé par Tchima Illa, a été arrêté.

Le 29 janvier 2024, le ministère de l’Intérieur a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation médiatique indépendante, et imposé la création d’un comité de gestion des médias dirigé par un haut fonctionnaire du ministère.

mesures restrictives et recul démocratique

Les autorités ont adopté plusieurs mesures limitant les droits humains :

  • Le 29 mai 2024, le ministère de la Justice a suspendu les visites des organisations de défense des droits humains dans les prisons nigériennes, en violation du droit national et international.
  • Le 12 juin 2024, le même ministère a modifié la loi sur la cybercriminalité, rétablissant les peines de prison pour des infractions liées à la liberté d’expression en ligne, alors que ces peines avaient été supprimées en 2022 sous le gouvernement de Mohamed Bazoum.
  • Le 23 février 2024, le général Abdourahamane Tiani a signé une ordonnance exemptant les dépenses militaires de tout contrôle, une décision qui favorise l’opacité et la corruption.

Ces mesures ont été condamnées par les organisations de défense des droits humains, qui rappellent que le Niger a ratifié la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissant la liberté d’opinion et d’expression.

appel à la transparence et à la redevabilité

Human Rights Watch et Amnesty International exhortent les autorités nigériennes à :

  • Libérer immédiatement tous les détenus politiques, dont Mohamed Bazoum et les responsables du gouvernement déchu.
  • Garantir le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association.
  • Rétablir la transparence dans la gestion des dépenses militaires et lever l’exemption de contrôle.
  • Annuler les modifications récentes de la loi sur la cybercriminalité et garantir la liberté de la presse.
  • Permettre aux organisations de défense des droits humains d’accéder aux prisons.

« Un an après le coup d’État, au lieu de renforcer le respect des droits humains et de l’État de droit, les autorités militaires accentuent la répression contre l’opposition, les médias et la société civile », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. « Les autorités doivent libérer Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques, et garantir leurs droits à un procès équitable. »

Pour Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, « la modification de la loi sur la cybercriminalité constitue un recul dangereux qui pourrait servir à faire taire les voix dissidentes ». Il appelle les autorités à revenir sur cette décision et à garantir la liberté d’expression.

Enfin, Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, souligne que « l’examen public des activités économiques de l’armée est essentiel pour rétablir un régime démocratique civil et prévenir la corruption ». Les autorités nigériennes doivent publier des informations financières vérifiables sur les dépenses militaires.