9 juin 2026
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un décret présidentiel pour briser six ans de silence institutionnel

Le 2 juin 2026, le président Paul Biya a signé un décret renouvelant partiellement les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), une institution camerounaise paralysée depuis près de six ans. Ce texte officiel met fin à une période d’inactivité sans précédent, mais il soulève une question cruciale : un simple renouvellement des membres suffit-il à restaurer le fonctionnement d’un organe clé pour l’indépendance de la justice ?

Pendant six ans, le CSM n’a connu ni réunion, ni décision, ni session. Des centaines de dossiers concernant des promotions, des intégrations et des procédures disciplinaires sont restés en suspens, bloquant la carrière de nombreux magistrats.

une composition inchangée, des dossiers toujours en attente

Avec ce décret, dix des quatorze membres titulaires sont reconduits, tandis que quatre nouveaux entrants intègrent l’organe. Parmi eux, Goni Mariam, passée du statut de suppléante à titulaire, remplace Ali Mamouda. Du côté des suppléants, Alioum Fadil, Donald Malomba Esembe, Sockeng Roger et Sali Dairou prennent la relève de leurs prédécesseurs.

Cette réorganisation privilégie la stabilité à la rupture. Aucune réforme structurelle n’est annoncée, et aucun calendrier de travail n’a été communiqué. Les magistrats camerounais, eux, attendent toujours des décisions concrètes.

le csm, un organe constitutionnel en état de mort cérébrale

Le Conseil Supérieur de la Magistrature est un pilier de l’indépendance judiciaire au Cameroun. Présidé par le chef de l’État, il est chargé de donner son avis sur les nominations, promotions, affectations et sanctions des magistrats. En théorie, il doit garantir l’autonomie de la carrière judiciaire face au pouvoir exécutif.

En pratique, depuis 2020, ses sessions ont disparu des radars. Les dernières réunions significatives remontent à la période pré-pandémique. Depuis, c’est le vide. Les dossiers s’accumulent : intégrations de nouveaux magistrats, avancements de carrière, procédures disciplinaires, sans aucune issue.

la chronologie d’une paralysie prolongée

  • 2020 : Dernières activités notables du CSM.
  • 2021-2024 : Accumulation de dossiers en souffrance (promotions, affectations, sanctions). Certains magistrats attendent des années pour une décision administrative.
  • 2025 : Expiration des mandats des membres, sans renouvellement immédiat. Le CSM survit sur le papier, mais son inactivité s’aggrave.
  • 2 juin 2026 : Publication du décret présidentiel. Les membres sont partiellement renouvelés, mais les dossiers restent bloqués.

un décret nécessaire, mais insuffisant

Le renouvellement des membres du CSM est un acte administratif indispensable, mais il ne répond qu’à une partie du problème. Ce que le décret ne précise pas est tout aussi révélateur : aucune date pour la prochaine session, aucun mécanisme pour traiter les dossiers en attente, aucune garantie contre une nouvelle paralysie.

La crise du CSM ne se limite pas à l’expiration des mandats. Elle réside dans l’absence totale de fonctionnement. Or, un organe dépendant entièrement de la volonté politique pour se réunir ne peut garantir l’indépendance de la justice.

une gouvernance judiciaire en quête de crédibilité

Cette situation révèle un dysfonctionnement structurel : une institution camerounaise qui ne fonctionne que si le pouvoir exécutif le décide. Les conséquences sont lourdes : carrières bloquées, justiciables en attente, et une justice dont la qualité est remise en question.

Pour que le CSM remplisse sa mission constitutionnelle, il doit devenir un organe vivant, régulier et transparent. Un simple décret ne suffit pas. Les magistrats, les citoyens et les observateurs attendent des actes concrets : des sessions, des décisions, et une justice enfin rendue.

le vrai défi : passer des mots aux actes

Le renouvellement du 2 juin marque une étape, mais il ne résout rien. Les attentes sont claires : que les promotions bloquées soient examinées, que les procédures disciplinaires aboutissent, et que le CSM devienne enfin ce que la loi camerounaise exige : un organe fonctionnel, au service d’une justice indépendante et efficace.

Le prochain test ne sera pas la publication du décret au Journal Officiel. Ce sera la date de la prochaine session du Conseil.