25 juillet 2026
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Niger : quel chemin vers la réconciliation avec la Cédéao ?

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum à Niamey il y a trois ans, les relations entre le Niger et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) restent tendues. L’organisation sous-régionale avait initialement condamné le putsch, imposé des sanctions et menacé d’une intervention militaire. Une réponse perçue comme une déclaration de guerre par les juntes du Mali et du Burkina Faso, qui ont choisi de s’allier avec Niamey au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Le retrait officiel de ces trois pays de la Cédéao en janvier 2025 n’a pas mis fin aux échanges. Malgré les tensions persistantes, des signes de dialogue émergent, portés par des médiateurs et de nouveaux dirigeants.

Manifestation en soutien à Mohamed Bazoum devant l'ambassade du Niger à Paris

Un médiateur pour relancer le dialogue

Sous l’impulsion de la Cédéao, l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté a été désigné pour faciliter les négociations avec l’AES. Lors de la dernière réunion de l’organisation, tenue à Freetown le 18 juillet 2026, le nouveau président de la Commission, le Sénégalais Birame Diop, a été chargé de privilégier les discussions sur la sécurité régionale.

Selon Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, cette dynamique est encourageante : « Les deux parties semblent désormais alignées pour engager un dialogue constructif. » Une avancée cruciale, d’autant que le Niger dépend du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement électrique et son accès à la mer via le port de Cotonou. Le médiateur devra prendre en compte ces enjeux spécifiques.

Un nouveau souffle avec les dirigeants béninois et sénégalais

La nomination de Bassirou Diomaye Faye à la présidence tournante de la Cédéao et l’élection de Romuald Wadagni au Bénin ont relancé les espoirs de détente. Dès mai 2024, le président sénégalais s’était rendu dans les capitales de l’AES. Quant à Romuald Wadagni, il a choisi Niamey pour sa première visite officielle après son investiture, avant de se rendre au Burkina Faso et au Mali.

« Ces nouveaux dirigeants bénéficient d’une image moins controversée que leurs prédécesseurs, comme Alassane Ouattara ou Macky Sall, souligne Pape Ibrahima Kane. Une nouvelle équipe à Abuja pourrait également adoucir les tensions. »

Le casse-tête de la détention de Mohamed Bazoum

La question de la détention prolongée de l’ancien président Mohamed Bazoum, toujours incarcéré, reste un obstacle majeur. Pour Sahanine Mahamadou, conseiller spécial du président déchu, « les militaires nigériens doivent privilégier le dialogue et préparer un retour à l’ordre civil. Les juntes peuvent difficilement justifier leur maintien au pouvoir dans un contexte où l’Afrique évolue vers des gouvernances plus inclusives. »

En mars 2026, une résolution du Parlement européen a condamné à une large majorité la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse, exigeant leur libération immédiate. Une position jugée inacceptable par Niamey, qui y voit une ingérence étrangère.

L’Union européenne face à un équilibre délicat

Pour Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, l’Union européenne doit concilier fermeté sur les principes démocratiques et nécessité de maintenir un dialogue avec les autorités nigériennes. « La détention de Mohamed Bazoum est un frein majeur, mais l’UE doit aussi repenser sa coopération avec le Niger. »

Selon une étude récente de la Fondation allemande pour l’économie et la politique (SWP), l’Union européenne pourrait renforcer son soutien aux juntes en échange d’un engagement sur la stabilité. Cela inclurait des partenariats militaires, des formations sécuritaires et des investissements économiques. « L’Europe ne doit pas espérer changer les comportements des juntes, mais elle peut les inciter à adopter des réformes. »