25 juillet 2026
9df21c74-24b2-459b-8a0f-fe3252df38ef

Un contentieux toujours vif trois ans après le coup d’État

Le 30 juillet 2023, à peine quatre jours après le renversement du président Mohamed Bazoum, la Cédéao exigeait le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel au Niger. L’organisation ouest-africaine imposait alors des sanctions draconiennes et brandissait même la menace d’une intervention militaire. Une posture perçue comme une véritable déclaration de guerre par Bamako et Ouagadougou, dirigés eux aussi par des juntes militaires. Dès lors, isoler Niamey dans ce bras de fer devenait une gageure, tant les destins de ces trois nations semblent désormais liés.

Cette coalition informelle donnera naissance à l’Alliance des États du Sahel (AES), marquant un tournant radical dans les relations entre ces pays et leur organisation régionale. Officiellement, leur retrait de la Cédéao a été acté fin janvier 2025, mais les canaux de communication entre les deux blocs persistent contre toute attente.

Lansana Kouyaté, un négociateur à l’épreuve des divergences

Malgré les tensions persistantes, les pays de l’AES ont finalement consenti à désigner Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, comme médiateur principal pour relancer le dialogue avec la Cédéao. Une décision saluée par les observateurs, qui y voient une lueur d’espoir dans un paysage diplomatique particulièrement nuageux.

Lors de la dernière session de la Cédéao tenue à Freetown le 18 juillet 2026, les dirigeants de l’organisation ont confié au nouveau président de sa Commission, le Sénégalais Birame Diop, la mission prioritaire de recentrer les échanges sur les enjeux sécuritaires régionaux. « On assiste au début d’un processus prometteur, les deux parties partageant désormais une volonté commune d’engager des discussions constructives », analyse Pape Ibrahima Kane, spécialiste des relations internationales.

Le Niger présente une particularité majeure dans ce dossier : sa dépendance énergétique et commerciale vis-à-vis du Nigeria et du Bénin, deux membres inconditionnels de la Cédéao, notamment pour son approvisionnement en électricité et son accès au port de Cotonou. Pape Ibrahima Kane est convaincu que Lansana Kouyaté saura prendre en compte ces spécificités, tout comme les aspirations de l’AES, pour aboutir à un compromis acceptable par tous.

Romuald Wadagni et Bassirou Diomaye Faye, des atouts inattendus ?

Autre élément encourageant dans cette équation complexe : l’arrivée à la présidence de la Cédéao de Bassirou Diomaye Faye, dont la première visite officielle après son élection en mai 2024 s’est dirigée vers les capitales de l’AES. Une initiative suivie de près par Romuald Wadagni, nouveau président du Bénin, qui a choisi Niamey comme première destination de son mandat, avant de se rendre au Burkina Faso et au Mali.

« Ces deux dirigeants bénéficient d’une image bien plus apaisante que leurs prédécesseurs, souvent critiqués pour leur gestion des crises régionales. De plus, l’équipe récemment installée à Abuja à la tête de la Cédéao semble déterminée à adopter une approche moins conflictuelle que par le passé », souligne Pape Ibrahima Kane.

Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de Mohamed Bazoum en charge des affaires coutumières et humanitaires, rappelle que l’organisation ouest-africaine n’a jamais cessé de privilégier le dialogue avec Niamey. « Si les militaires au pouvoir étaient de véritables patriotes, ils saisiraient cette opportunité pour faciliter un retour à l’ordre civil. Les temps ont changé : personne ne peut plus justifier une gouvernance exclusivement militaire dans nos États », martèle-t-il.

Ces déclarations trahissent une volonté implicite de voir Mohamed Bazoum retrouver ses fonctions, d’autant que le président déchu n’a jamais signé sa lettre de démission. En mars 2026, une résolution du Parlement européen, adoptée à une large majorité, condamnait avec fermeté la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse, exigeant leur libération immédiate. Une position qui a provoqué l’ire des autorités nigériennes, dénonçant une ingérence inacceptable dans les affaires internes du pays.

L’Union européenne face au dilemme nigérien

Pour Jérôme Pigné, fondateur du Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au Sahel, l’Union européenne se trouve aujourd’hui dans une position délicate. « La détention illégale de Mohamed Bazoum constitue un obstacle majeur à toute collaboration avec Niamey. Pourtant, Bruxelles doit impérativement maintenir un dialogue avec le Niger, partenaire historique de l’UE. C’est une équation impossible à résoudre : faut-il sacrifier ses principes au nom d’une realpolitik ? Personne n’a encore trouvé la bonne formule », explique-t-il.

Bien que le Niger ait été un pilier de la coopération européenne en Afrique, Bruxelles réévaluerait actuellement son modèle d’accompagnement avec Niamey et ses voisins sahéliens. « Le dialogue reste indispensable, et il existe bel et bien », assure Jérôme Pigné.

Une étude publiée en mars 2026 par la fondation allemande pour l’économie et la politique (SWP) de Berlin préconisait un soutien massif de l’Europe aux régimes militaires actuels, afin de stabiliser la région. Ce soutien pourrait se concrétiser par une intensification de la coopération militaire et sécuritaire : partage de renseignements, fourniture de matériel et renforcement des capacités des forces locales. La SWP recommande également à l’UE d’investir dans le développement économique du Niger et des autres pays du Sahel, tout en maintenant un dialogue politique constant avec tous les acteurs locaux. « L’Europe ne doit pas s’illusionner sur sa capacité à faire évoluer les comportements des juntes militaires », conclut le rapport.