9 juin 2026
3d78133a-496b-4b9e-aa42-313c0fdefcbb

La région de Tillabéri, au Niger, est confrontée à une dégradation sécuritaire préoccupante, notamment dans les départements d’Abala et de Filingué. Depuis environ une semaine, des groupes armés terroristes s’implantent de manière progressive dans plusieurs communes, tirant parti d’un vide sécuritaire palpable, selon des sources locales concordantes.

Les zones de Sanam, Abala, la commune de Filingué, le centre de Filingué, l’Imanan et Tondikandia seraient désormais cernées par des regroupements de combattants. Des rassemblements significatifs sont signalés quotidiennement, et dans certaines localités, des prêches publics se déroulent même en présence des Forces de défense et de sécurité (FDS), attestant d’une emprise assumée par ces groupes.

Les populations nigériennes sous le joug de la peur

Les habitants de ces zones rurales, contactés par téléphone, décrivent une anxiété grandissante. « Nous assistons à l’organisation des terroristes sous nos yeux. Les FDS semblent éviter tout affrontement direct », confie un résident sous le sceau de l’anonymat. Nombreux sont ceux qui estiment que les autorités affichent une certaine inertie ou, du moins, une stratégie d’évitement qui érode la confiance des populations envers les forces militaires et la gendarmerie.

Cette situation de crise rappelle douloureusement le drame vécu dans l’Anzourou il y a quelques années. Plus alarmant encore, Tondikandia jouxte Baleyara, à seulement une centaine de kilomètres de la capitale, Niamey. Hamdalaye, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale, est déjà fréquemment visitée par des éléments terroristes. Les départements de Loga (région de Dosso), limitrophe de Filingué, ainsi que Doutchi, sont également touchés par cette expansion.

Alors que Tillabéri, Torodi et certaines parties de Dosso sont déjà des théâtres d’opérations récurrentes pour les groupes jihadistes, cette extension vers l’est et le sud pourrait, selon des observateurs locaux, compromettre l’accès à Niamey et isoler la capitale nigérienne du reste du pays.

Retrait des élus et pillage à Toukounous

Dans ce contexte tendu, les maires des communes de Filingué centre (Chikal) et de Tondikandia auraient cherché refuge dans la ville de Filingué pour des impératifs de sécurité. Parallèlement, le centre de reproduction animale de Toukounous aurait été entièrement dévalisé : tous les animaux ont été emportés, vraisemblablement sous le regard des FDS présentes sur les lieux.

Plusieurs sources locales suggèrent que les militaires, confrontés à un manque de soutien logistique et à des directives hiérarchiques incertaines, privilégieraient la sécurité de leurs troupes plutôt que de s’engager dans des combats risqués en terrain défavorable.

La région de Tahoua également sous pression constante

L’alerte sécuritaire à Filingué ne constitue pas un cas isolé au Niger. Dans la région de Tahoua, le département de Birnin N’Konni subit une forte pression de la part de groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS/ISSP) et d’autres factions armées. Les terroristes y opèrent avec une relative impunité, menant des actions simultanées.

Des incidents récents ont fait environ une centaine de victimes civiles, d’après les bilans locaux. Des infrastructures essentielles comme des boutiques, des greniers, des pylônes de communication et des stations-service ont été incendiées. Les chefs communautaires ont été particulièrement ciblés, exacerbant le sentiment d’abandon parmi les populations locales.

Un risque d’encerclement de Niamey : l’avis des experts

Les spécialistes de la sécurité au Sahel alertent depuis plusieurs mois sur la progression des groupes jihadistes (notamment l’ISSP et des éléments liés au JNIM) vers le sud de Tillabéri et en direction de Dosso. La région de Tillabéri demeure l’une des zones les plus violentes du Sahel central, avec un nombre élevé de décès civils et militaires enregistrés en 2025.

Face à cette montée en puissance des menaces, les populations locales lancent un appel pressant aux autorités pour une intervention urgente et coordonnée. « Si aucune mesure n’est prise rapidement, nous risquons de perdre définitivement ces territoires », prévient un notable de la zone.

Ces derniers mois, les Forces de défense et de sécurité nigériennes ont diffusé de nombreux communiqués faisant état de neutralisations de terroristes et d’opérations aériennes. Cependant, sur le terrain, le fossé entre les déclarations officielles et le vécu des habitants reste considérable dans ces zones rurales.

Contactées, les autorités nigériennes n’ont pas encore réagi officiellement à cette nouvelle alerte concernant la situation sécuritaire dégradée à Filingué et Abala.