9 juin 2026
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Le Maroc mise sur le tourisme pour consolider sa présence au Sahara occidental

Vacanciers profitant du soleil au bord de l'océan Atlantique au Sahara occidental

Dakhla, ville balayée par les vents à la frontière du Sahara et de l’océan, attire désormais les voyageurs avec des offres de vols à partir de 30 euros depuis Madrid. Les annonces publicitaires vantent cette destination comme un joyau caché, mais derrière cette stratégie se cache une réalité géopolitique complexe.

Un territoire au cœur d’un conflit international

Classé par l’ONU comme territoire non autonome, le Sahara occidental reste sous administration marocaine pour près de 80 % de sa superficie. Rabat considère cette région comme ses provinces du sud, malgré l’absence de reconnaissance internationale de cette souveraineté.

Les Nations unies ont tenté, depuis plus de 50 ans, d’organiser un référendum d’autodétermination. Pourtant, aucune consultation populaire n’a jamais eu lieu, laissant le peuple sahraoui sans voix sur son propre avenir.

Une explosion du tourisme sous influence politique

Les chiffres du ministère marocain du Tourisme révèlent une hausse spectaculaire des visiteurs : de 490 297 en 2019 à 743 133 en 2025, soit une progression de plus de 50 %. Cette affluence s’explique par l’ouverture de nouvelles lignes aériennes, avec des compagnies comme Ryanair, Transavia France et Binter Canarias proposant des vols directs depuis l’Europe.

Tom Ruck, un voyageur britannique, témoigne : « Les infrastructures touristiques sont encore en développement, et la ville donne l’impression d’être en pleine effervescence. » Il note aussi la présence omniprésente du drapeau marocain et l’apposition d’un cachet marocain dans son passeport.

Des compagnies aériennes en première ligne

Certaines entreprises, comme Transavia France, justifient leurs vols vers Dakhla en invoquant les autorisations des autorités locales. D’autres, à l’inverse, comme Binter Canarias, utilisent le terme Sahara occidental dans leurs communications, provoquant des tensions.

Erik Hagen, de Western Sahara Resource Watch, alerte : « En présentant le Sahara occidental comme une partie intégrante du Maroc, ces compagnies risquent de légitimer une occupation illégale au regard du droit international. »

Les plateformes de réservation sous le feu des critiques

Des sites comme Booking.com, Expedia et Trivago affichent également la région comme marocaine, malgré les mises en garde des défenseurs des droits humains. Un porte-parole de Booking.com explique que la plateforme ajoute des informations contextuelles pour les voyageurs, tout en les invitant à consulter les avis consulaires officiels.

Le Dr Andrea Maria Pelliconi, spécialiste du droit international, souligne : « Les entreprises qui ne distinguent pas le Sahara occidental du Maroc s’exposent à des poursuites pour violation du droit à l’autodétermination et des règles de protection des consommateurs. »

Certains acteurs ont déjà cédé sous la pression : Airbnb a retiré ses annonces du territoire en 2024, après des années de critiques.

Un conflit qui s’enlise malgré les initiatives internationales

Le Front Polisario, mouvement indépendantiste, dénonce une stratégie de fait accompli : « Chaque projet touristique ou économique mené sur notre sol occupé viole notre droit inaliénable à l’autodétermination. »

En octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé la mission de maintien de la paix au Sahara occidental et soutenu le plan marocain d’autonomie, perçu comme une avancée par certains États, dont les États-Unis, qui ont reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire en 2020.

Pourtant, le Front Polisario maintient son opposition à toute solution ne passant pas par un référendum, rejetant catégoriquement l’autonomie proposée. Sidi Breika, son représentant en Europe, avertit : « Investir dans le tourisme ne remplace pas la volonté d’un peuple. »

Manifestation pour l'indépendance du Sahara occidental

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est devenu un théâtre de revendications territoriales depuis son indépendance en 1976. Le Maroc, après un retrait des Espagnols, a occupé la majeure partie du territoire, déclenchant un conflit armé avec le Front Polisario. Malgré un cessez-le-feu en 1991, aucune solution n’a été trouvée, et la question de l’autodétermination reste entière.

Alors que le tourisme se développe, les tensions persistent. Les visiteurs, souvent peu informés, se retrouvent au cœur d’un enjeu géopolitique où chaque séjour devient un acte politique.