2 mai 2026
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Une avancée rapide des groupes armés fragilise le Nord du Mali

Le Nord du Mali traverse une période d’instabilité sans précédent. En l’espace de quelques jours, la situation sécuritaire s’est profondément dégradée, rappelant les heures sombres de 2012. Après la perte stratégique de Kidal, les groupes armés redoublent d’ardeur, tandis que le JNIM tente une manœuvre politique audacieuse en appelant à la chute du gouvernement de transition.

Une série de revers militaires symboliques

Le 1er mai 2026, les forces du JNIM et celles du FLA ont investi les positions clés de Tessalit et Aguelhoc. L’évacuation des FAMa et des partenaires russes d’Africa Corps a offert aux assaillants une victoire sans combat. Une photographie, authentifiée par plusieurs sources, montre Seidane Ag Hitta, porte-parole du JNIM, exhibant les clés du camp de Tessalit. Un symbole fort, cinq ans après le retrait des troupes françaises de Barkhane.

Depuis le 25 avril, les localités de Ber, Tessit, Hombori et Gourma Rharous sont retombées aux mains des insurgés, plongeant les populations de Gao et Tombouctou dans une angoisse persistante.

Bamako maintient sa détermination malgré les difficultés

Le pouvoir en place, dirigé par le général Assimi Goïta, refuse toute capitulation. Depuis le palais de Koulouba, il a lancé un appel solennel à la « cohésion nationale », affirmant que le Mali ne cédera à aucune « menace » ou pression extérieure.

Deux axes principaux structurent désormais la réponse militaire :

  • Opérations aériennes et terrestres : L’armée malienne intensifie ses frappes ciblées contre Kidal, notamment sur le gouvernorat et les infrastructures logistiques. Les autorités revendiquent la neutralisation de plusieurs « éléments terroristes », bien que le FLA conteste ces bilans.
  • Approvisionnement stratégique : Un convoi exceptionnel de 800 camions-citernes a réussi à atteindre Bamako sous escorte aérienne et terrestre, malgré le blocus imposé par les jihadistes sur les axes routiers.

Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a réaffirmé son soutien indéfectible au gouvernement malien, écartant toute idée de retrait russe après les pertes subies à Kidal.

Le JNIM mise sur une stratégie politique pour s’imposer

Le tournant majeur de cette crise réside dans le discours du JNIM. Dans un communiqué publié dans la nuit du 30 avril, le groupe a abandonné son langage belliqueux pour adopter une rhétorique plus nuancée, proche de celle de ses adversaires.

Le JNIM appelle désormais les « forces vives du pays », les formations politiques et même les leaders religieux à former une « alliance nationale » afin d’instaurer une « transition pacifique » et mettre fin à la « gouvernance autoritaire » de la junte. En intégrant des termes comme « souveraineté » et « dignité », le groupe cherche à rallier une partie de la population, lasse des conflits, tout en réaffirmant son objectif ultime : l’instauration de la Charia.

Un ancien membre de l’opposition témoigne : « Face à l’adversité, il faut parfois choisir entre deux maux. » Cette déclaration reflète les divisions croissantes au sein de la classe politique malienne : faut-il engager un dialogue avec l’ennemi pour éviter un effondrement plus grave ?

Une crise multidimensionnelle pour le régime malien

La pression n’épargne pas les hautes sphères de l’État. Le procureur de la République à Bamako a annoncé l’arrestation de plusieurs militaires, suspectés de complicité lors des attaques récentes.

Entre l’avancée des rebelles, la proposition politique ambiguë du JNIM et l’asphyxie économique due au blocus, le gouvernement de transition fait face à sa plus grave crise. La bataille pour le Mali ne se limite plus aux zones désertiques du Nord, mais s’étend désormais au cœur politique de Bamako.