9 juin 2026
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En République démocratique du Congo (RDC), l’année 2025 s’inscrit dans une logique budgétaire paradoxale : malgré une collecte fiscale en amélioration constante, le déficit public s’aggrave, poussé par des dépenses étatiques qui progressent à un rythme bien supérieur. Ce déséquilibre, désormais ancré dans les mécanismes budgétaires nationaux, impose à Kinshasa un choix cornélien entre relance économique, stabilité sécuritaire et respect des engagements macroéconomiques contractés auprès des institutions internationales.

Une collecte fiscale en progression, mais limitée par des contraintes structurelles

Les efforts déployés par les trois régies financières congolaises — la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et accises (DGDA) ainsi que la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) — portent leurs fruits. Cette dynamique s’explique par plusieurs leviers : l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation partielle des processus administratifs et une lutte accrue contre les circuits informels, notamment dans les régions minières du Katanga et du Kivu.

Le contexte des marchés internationaux joue également un rôle clé. La hausse persistante des cours du cuivre et du cobalt, dont la RDC figure parmi les premiers exportateurs mondiaux, a dopé les recettes issues du secteur extractif. Toutefois, cette dépendance aux matières premières reste vulnérable aux fluctuations des cours et à l’émergence de substituts technologiques dans le domaine des batteries.

Des dépenses publiques explosées par la sécurité et les salaires de la fonction publique

Du côté des dépenses, la situation se révèle bien plus critique. Les dépenses liées à la sécurité dans l’est du pays, où les Forces armées de la RDC (FARDC) affrontent les groupes armés et l’avancée du M23 dans le Nord-Kivu, absorbent des fonds colossaux. À cela s’ajoutent les coûts liés à l’état de siège, reconduit à plusieurs reprises depuis 2021, qui gonflent significativement le budget alloué à la sécurité, au-delà des prévisions initiales.

La masse salariale représente un autre défi majeur. Les augmentations salariales accordées aux enseignants, aux magistrats et à certains corps de la fonction publique, couplées aux embauches dans les secteurs de la défense et de la santé, alourdissent durablement la rubrique « rémunérations ». Chaque accord négocié sous la pression sociale contribue à une dérive que les gestionnaires budgétaires peinent à maîtriser. Par ailleurs, les dépenses d’urgence liées aux inondations répétées et aux déplacements massifs de populations dans l’est du pays s’ajoutent à cette pression financière.

Les transferts et subventions, en particulier ceux destinés au secteur des hydrocarbures pour stabiliser les prix à la pompe, pèsent également sur le solde budgétaire. Dans le même temps, les investissements publics, pourtant protégés par la loi-programme, subissent des arbitrages défavorables au profit de dépenses courantes incontournables.

Un déficit accru qui menace l’équilibre économique du pays

Le fossé croissant entre les recettes et les dépenses se traduit par un recours accru au financement monétaire et aux émissions de titres publics sur le marché intérieur. Cette approche, déjà critiquée par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des revues du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, exerce une pression sur les taux d’intérêt nationaux et accentue les tensions sur le franc congolais. La Banque centrale du Congo (BCC) a d’ailleurs dû renforcer sa politique monétaire pour préserver la stabilité du taux de change.

Autre conséquence directe : l’accumulation d’arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État, ce qui fragilise la trésorerie des petites et moyennes entreprises locales. Plusieurs acteurs des secteurs du BTP et des services dénoncent des délais de règlement qui menacent leur pérennité et alimentent un climat de méfiance envers les appels d’offres publics.

À court terme, l’exécutif congolais devra prouver sa capacité à maîtriser les exonérations fiscales, à accélérer la mise en place de la facturation électronique et à endiguer la hausse des dépenses salariales sans déclencher de nouvelles tensions sociales. La crédibilité du cadre macroéconomique négocié avec les partenaires internationaux, notamment le FMI et la Banque mondiale, reposera sur la capacité de l’État à inverser cette tendance dès le second semestre. L’écart croissant entre les recettes mobilisées et les dépenses engagées rend la résolution de cette équation budgétaire de plus en plus ardue.