9 juin 2026
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crise humanitaire au Mali : pénurie de carburant et insécurité paralysent les interventions

Une crise sans précédent frappe le Mali, où une pénurie aiguë de carburant, exacerbée par un blocus djihadiste sur les axes routiers stratégiques, aggrave une situation humanitaire déjà critique. Cette carence en essence perturbe profondément la vie quotidienne des populations et bloque les opérations d’aide humanitaire dans un pays déjà fragilisé par la faim et l’insécurité persistante.

blocus djihadiste et ses répercussions sur l’acheminement des secours

Selon l’office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés d’approvisionnement en carburant ralentissent considérablement les interventions dans plusieurs régions du centre et du sud du pays. Notamment autour de villes comme Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara, ces zones stratégiques relient la capitale Bamako au nord du pays, actuellement sous l’emprise de l’insécurité.

De nombreux partenaires humanitaires ont dû réduire leurs missions de terrain, limitant leurs cliniques mobiles à un rayon d’environ dix kilomètres autour de leurs bases. Les restrictions de circulation, les braquages et les contrôles irréguliers ont conduit à la suspension temporaire de plusieurs opérations vitales.

impact du blocus du groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM)

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays constituent les principales portes d’entrée des biens importés dans ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest. Résultat : le blocus touche désormais non seulement Bamako, mais aussi la majorité des régions maliennes, plongant les populations dans une crise énergétique et alimentaire sans précédent.

Léré : une ville isolée et privée d’aide

Dans la région de Tombouctou, au nord-ouest du Mali, la ville de Léré, située près de la frontière mauritanienne, subit depuis le 27 octobre une restriction d’accès imposée par des groupes armés. Cette mesure a provoqué des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres. « Cette nouvelle restriction prive la ville d’aide humanitaire essentielle », indique l’OCHA dans un rapport sur l’accès humanitaire au Mali pour le mois d’octobre. « Hormis les acteurs déjà présents, aucun autre intervenant humanitaire n’a accès à la localité ».

Le rapport recense une cinquantaine d’incidents d’accès dans tout le pays, soit une hausse de 13 % par rapport à septembre. Les engins explosifs improvisés restent la principale menace, avec 28 cas signalés. Trois attaques directes contre des humanitaires ont été recensées, ainsi que neuf enlèvements, principalement dans les régions de Ségou et de Gao.

À Douentza, deux agents humanitaires ont perdu la vie dans le chavirement d’une embarcation sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. « Ces violences menacent la sécurité des équipes et ralentissent les opérations sur le terrain », souligne l’OCHA, ajoutant que « le contexte reste imprévisible et les contraintes logistiques, notamment liées au carburant, aggravent les défis d’accès aux populations vulnérables ».

contexte politique et insécurité : des obstacles supplémentaires

Cette crise s’inscrit dans un contexte politique de plus en plus répressif. Depuis le coup d’État de 2020 mené par le général Assimi Goïta, l’instabilité s’est accentuée : les élections présidentielles ont été suspendues indéfiniment et tous les partis politiques ont été dissous en mai 2025. En juillet, une loi a été adoptée, permettant au général Goïta de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».

Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a dénoncé cette évolution, qualifiant de « fermeture de la porte à toute élection démocratique dans un avenir prévisible » et d’« instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Les arrestations d’opposants et de simples citoyens se sont multipliées, à l’image de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, arrêté en août et condamné à une peine de prison pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».

Parallèlement, les violences armées s’intensifient. Les attaques des groupes djihadistes, tels que le GSIM et la branche locale de Daech, continuent de frapper le centre et le nord du pays, notamment aux frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Depuis avril, le bureau de Volker Türk a recensé « des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements commis par toutes les parties au conflit ».

une situation humanitaire catastrophique

À cela s’ajoute une crise humanitaire d’une ampleur alarmante : selon l’OCHA, 6,4 millions de personnes ont besoin d’aide au Mali, dont 3,5 millions d’enfants. Le pays compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Le Mali figure parmi les six crises alimentaires les plus graves au monde, aux côtés d’Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen. La situation s’aggrave rapidement dans plusieurs zones déjà fragilisées, en raison du désengagement progressif de la communauté internationale.

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afflux de réfugiés burkinabés : une pression supplémentaire

Dans le cercle de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso, l’afflux massif de réfugiés burkinabés accentue encore les défis humanitaires. Depuis avril, près de 50 000 Burkinabés se sont installés dans cette région, doublant la population réfugiée locale. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau de terrain à Koro le 16 octobre pour renforcer la coordination et accélérer la réponse humanitaire.

Le Mali accueille aujourd’hui plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant à la fois les attaques djihadistes et les opérations militaires menées contre les groupes armés.

  • Ségou, San, Koutiala, Mopti, Bandiagara : régions critiques pour l’acheminement de l’aide.
  • Assimi Goïta : général au pouvoir depuis 2020, suspend les élections et dissout les partis politiques.
  • Volker Türk : haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, dénonce la répression politique.
  • GSIM : groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, responsable du blocus des importations de carburant.
  • Léré, Tombouctou, Douentza : villes et régions gravement touchées par l’insécurité et l’isolement.