4 août 2026
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Le Sénégal face à la résurgence d’un discours anticolonial à travers le soufisme

Au Sénégal, où la laïcité de l’État coexiste avec une profonde empreinte religieuse, les confréries soufies occupent une place centrale dans le paysage politique. Leurs figures historiques, jadis célébrées pour leur rôle spirituel, sont aujourd’hui réinvesties par les élites comme symboles d’un modèle de développement 100% sénégalais. Une tendance qui s’intensifie à l’approche des échéances électorales et des grands rassemblements religieux.

Les plus hautes sphères de l’État, du président Bassirou Diomaye Faye aux figures de l’opposition comme Ousmane Sonko, n’hésitent plus à s’afficher publiquement auprès des khalifes généraux des grandes confréries, notamment à Touba, cœur spirituel de la confrérie mouride. Ces gestes, loin d’être anodins, illustrent une stratégie politique visant à capter le soutien indéfectible des dignitaires religieux, perçus comme les « gardiens de la cohésion nationale » en période de tensions institutionnelles.

Quand les leaders politiques s’inspirent du patrimoine spirituel

L’influence des confréries ne se limite plus à leur rôle traditionnel. Elle s’étend désormais à des choix politiques concrets, comme en témoigne la récente récupération symbolique de l’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie mouride. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, a récemment revendiqué cet héritage en dressant un parallèle entre son action politique et le combat du marabout contre les influences coloniales. Une posture qui résonne particulièrement auprès des jeunes militants souverainistes.

Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de réinterprétation de l’histoire religieuse. Des figures comme El Hadj Oumar Tall (tidjaniya) ou Thierno Souleymane Baal, fondateur d’un État théocratique au XVIIIe siècle, sont désormais présentées comme des précurseurs d’un panafricanisme authentique. Leur héritage, autrefois célébré pour son aura spirituelle, est aujourd’hui mobilisé pour nourrir un récit nationaliste, notamment par des mouvements comme Frapp.

Entre célébration et complexité historique

Pourtant, cette glorification n’est pas sans ambiguïté. Certains de ces guides religieux, bien que symboles de résistance, ont également collaboré avec l’administration coloniale en enrôlant des tirailleurs sénégalais pour le compte de la France. Une facette de leur histoire que la jeunesse sénégalaise, plus exigeante sur les détails historiques, commence à questionner. Des historiens comme Mamadou Fall, à la tête de la rédaction de la future Histoire générale du Sénégal, plaident pour une approche nuancée : intégrer ces figures dans les manuels scolaires tout en reconnaissant leurs zones d’ombre.

Cette ambivalence rappelle que l’héritage des confréries ne peut se réduire à un simple outil politique. Il incarne à la fois une fierté nationale et un miroir des contradictions d’une société en quête d’identité.