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Mobilisation lycéenne : une cinquantaine de lycées saccagés, Lecornu déclenche une cellule interministérielle

La contestation lycéenne a franchi un cap critique ce jeudi 1er octobre à travers la France. Entre établissements dégradés, heurts avec les forces de l’ordre et transports paralysés, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué en urgence une cellule interministérielle de crise place Beauvau.

Une journée de dégradations sans précédent

Parti il y a deux semaines d’un simple mouvement contre les réformes éducatives, le conflit s’est mué en une journée d’embrasement urbain. À Paris, Lyon, Marseille, Nantes et Lille, les blocus devant des dizaines de lycées ont dégénéré. Des groupes violents se sont greffés aux cortèges, faisant basculer des rassemblements initialement pacifiques dans le chaos.

À Paris, aux abords du lycée Voltaire (11e), des barricades improvisées avec des conteneurs en feu et du mobilier urbain ont bloqué les axes principaux. À Lyon, le hall d’un établissement du 7e arrondissement a été détruit par les flammes après un jet d’engins pyrotechniques, nécessitant l’intervention des marins-pompiers sous protection des unités d’élite.

En milieu d’après-midi, le ministère de l’Éducation nationale recensait plus de cinquante établissements sérieusement endommagés : vitres brisées, façades couvertes de slogans hostiles et matériel pédagogique saccagé.

Affrontements d’une rare violence et réseaux de transport à l’arrêt

Les centres-villes de plusieurs métropoles se sont transformés en champs de bataille. Les forces de l’ordre, déployées en masse, ont essuyé des jets de projectiles lourds, de pavés et de mortiers d’artifice. En riposte, les CRS et la gendarmerie mobile ont mené des charges répétées, utilisé massivement des gaz lacrymogènes et déployé des canons à eau pour disperser les émeutiers.

Les préfectures font état de dizaines de blessés légers parmi les manifestants et les forces de sécurité, ainsi que de plus de cent soixante interpellations sur l’ensemble du territoire.

Face aux risques, plusieurs régies de transport ont pris des mesures drastiques. À Marseille, bus et tramways ont été totalement interrompus dans le centre-ville dès la mi-journée. Même scénario à Nantes et Bordeaux, où les réseaux de surface ont été mis à l’arrêt, plongeant des centaines de milliers de citoyens dans de grandes difficultés de déplacement.

Lecornu convoque une cellule interministérielle de crise

Pour tenter de reprendre la main, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’il présiderait en personne une cellule interministérielle de crise (CIC) ce jeudi après-midi au ministère de l’Intérieur, en présence de Bruno Retailleau et des ministres de l’Éducation nationale et des Transports.

Cette instance exceptionnelle, réservée aux catastrophes naturelles majeures ou aux menaces sécuritaires nationales, doit coordonner en temps réel l’action de la police, de la gendarmerie, des secours et des préfectures.

« Rien ne saurait justifier les violences, le saccage de nos écoles et la mise en danger des forces de l’ordre, a déclaré le chef du gouvernement depuis Matignon avant de rejoindre Beauvau. Le droit de manifester est un principe démocratique fondamental, mais la casse et le désordre n’ont pas leur place dans la République. La réponse de l’État sera d’une fermeté absolue. »

Réactions politiques et inquiétude des syndicats

La journée a provoqué une tempête de réactions politiques. À droite et à l’extrême droite, on dénonce une « capitulation sécuritaire » et on réclame un couvre-feu ciblé ainsi qu’une interdiction stricte des rassemblements aux abords des écoles. À gauche, si les violences sont condamnées, plusieurs voix imputent la crise à la « surdité » du gouvernement face au malaise de la jeunesse et dénoncent un usage disproportionné de la force policière.

Chez les syndicats lycéens et les associations de parents d’élèves, notamment la FCPE, l’inquiétude est palpable. Tout en réaffirmant leurs revendications sur la réforme du baccalauréat et les conditions d’étude, les représentants étudiants tentent de se désolidariser des exactions. « Ce que nous voyons aujourd’hui dans la rue n’est plus le reflet du mouvement lycéen. Notre combat est politique et social, pas de détruire nos propres lieux d’apprentissage », confiait un porte-parole intersyndical.

Alors que la nuit tombe, la tension reste extrêmement vive dans plusieurs quartiers de la capitale et des grandes villes de province. Les conclusions de la cellule de crise devraient déboucher sur des annonces sécuritaires fortes, avec un redéploiement massif des forces de maintien de l’ordre dès demain matin, dans la crainte d’une nouvelle journée noire vendredi.