9 juin 2026
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Une mobilisation sans précédent contre le cancer du col de l’utérus au Burkina Faso

Ouagadougou – Pour Awa, mère de six enfants vivant à Ipendo dans la région du Centre-Ouest du Burkina Faso, la peur était bien réelle : « Quand le crieur public a annoncé que des agents de santé viendraient pour un dépistage gratuit, j’ai redouté le pire. Et si on me diagnostiquait cette maladie ? Comment pourrais-je me soigner ? Mais en pensant à mes enfants, j’ai osé franchir le pas. » Son témoignage illustre une réalité partagée par de nombreuses femmes burkinabè : l’accessibilité limitée aux services de santé et la méconnaissance des risques liés au cancer du col de l’utérus.

Longtemps sous-estimé, ce cancer reste l’une des principales causes de mortalité féminine au Burkina Faso. Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour son élimination, moins de 8 % des femmes étaient couvertes par des programmes de dépistage. Les zones rurales, où vivent la majorité des populations, étaient particulièrement touchées par ce manque d’accès aux soins. Les trajets vers les centres de santé pouvaient atteindre des dizaines, voire des centaines de kilomètres, sans garantie de disponibilité des traitements ou des moyens financiers pour les assumer.

Face à ce défi, le gouvernement burkinabè a mis en place des mesures radicales pour briser ces barrières. Comme l’explique le professeur Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC) : « Une décision gouvernementale a rendu gratuit le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses. Des centres périphériques ont été équipés, et des unités mobiles ont été déployées pour rejoindre les femmes là où elles se trouvent. »

Des cliniques mobiles : une révolution pour les femmes rurales

Ces unités mobiles, présentes dans les villages, les marchés et même les cours familiales, ont transformé la donne. Plus besoin pour les femmes de quitter leurs activités quotidiennes – agriculture, commerce ou tâches domestiques – pour se faire soigner. « Le dépistage s’invite au cœur des communautés, leur permettant de concilier santé et vie active », explique le Pr Zongo. Cette approche innovante s’appuie sur plusieurs piliers : l’absence de frais, la proximité géographique et une mobilisation communautaire renforcée.

La sensibilisation joue également un rôle clé. Des campagnes de communication, diffusées à la télévision et à la radio, ainsi que des événements comme « Octobre Rose », ont permis d’informer la population sur les risques et les moyens de prévention. Une coalition nationale contre le cancer, réunissant la société civile, les leaders locaux et les médias, a été créée pour stimuler la demande et encourager les dépistages.

Un partenariat gagnant avec l’OMS

L’appui technique et financier de l’OMS a été déterminant pour concrétiser cette vision. L’organisation a contribué à l’élaboration de directives nationales, formé des professionnels de santé et accompagné les communautés dans la prise de conscience des enjeux. « L’OMS nous a accompagnés à chaque étape pour garantir que chaque femme, où qu’elle réside, puisse bénéficier de ces services essentiels », souligne le professeur Zongo.

Des résultats concrets en chiffres

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 missions des cliniques mobiles ont été organisées dans tout le pays. Ces interventions ont permis de sensibiliser près de 2 millions de femmes, de réaliser 106 446 dépistages, de traiter 715 lésions précancéreuses et d’effectuer 113 examens approfondis. Des données qui ne représentent pas seulement des statistiques, mais bien des vies sauvées et des familles protégées.

Le Dr Seydou Coulibaly, représentant de l’OMS au Burkina Faso, salue cette initiative : « Le Burkina Faso démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles qui semblaient insurmontables. » Il ajoute : « La suppression des barrières financières et géographiques grâce à la gratuité et aux cliniques mobiles constitue un modèle à suivre pour d’autres pays africains. »

Des histoires qui inspirent

Dans les villages, ces efforts se traduisent par des récits concrets. Awa, aujourd’hui rassurée après son dépistage, partage son expérience : « Nous passons nos journées à cultiver nos champs, à vendre nos légumes au marché. Quand on nous a parlé du dépistage, j’ai eu peur, mais les témoignages des autres femmes m’ont convaincue. Le jour du test, les agents m’ont tout expliqué. Le résultat était négatif, et j’ai ressenti un immense soulagement. Désormais, je recommande à toutes les femmes de se faire dépister. Une détection précoce facilite grandement le traitement. »

Pour beaucoup de femmes, ces cliniques mobiles représentent bien plus qu’un service médical : elles offrent une première occasion de découvrir le cancer du col de l’utérus, d’en comprendre les risques et de réaliser qu’il existe des moyens de prévention. Cette première étape est cruciale, car elle ouvre la voie à une prise de conscience collective.

Cette initiative dépasse le cadre de la santé. Elle touche à la dignité humaine, à l’équité sociale et à l’avenir des familles. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village envoie un message fort : la santé est un droit universel, pas un privilège. Et au Burkina Faso, ce droit devient une réalité tangible.