9 juin 2026
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Armand Noutack : le Cameroun face à sa propre corruption, un mal profond

L’enseignant et analyste politique dénonce une société camerounaise où la corruption s’est normalisée, où chacun participe à son échelle au système qu’il prétend combattre.

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Une société camerounaise où la corruption s’est banalisée

Dans une tribune percutante, Armand Noutack II dénonce une réalité camerounaise troublante : la corruption n’est plus l’apanage des seuls dirigeants. Elle s’est infiltrée dans les mentalités de tous les citoyens, transformant le pays en un système où chacun participe à sa manière au statu quo qu’il prétend combattre.

L’enseignant des lycées et observateur politique souligne que les Camerounais, loin d’être progressistes, affectionnent le statu quo et les réseaux, des pratiques qui ailleurs seraient considérées comme un véritable blasphème.

« Certains se présentent comme des opposants farouches en journée, mais à minuit, ils négocient avec les ministres pour obtenir des marchés publics qu’ils exécuteront mal, tout en réalisant d’importants bénéfices », explique-t-il.

Le changement ? Un concept à géométrie variable

Armand Noutack II s’interroge : le Cameroun veut-il vraiment le changement ? Selon lui, la réponse est non, car ce changement ne doit surtout pas toucher aux petits intérêts frauduleux de chacun. Le système de corruption généralisée, qui s’est installé au fil des décennies, semble avoir été intégré par tous, y compris ceux qui clament haut et fort leur opposition.

L’initiative récente du ministre Motaze, visant à contrôler le fichier solde de l’État, a révélé l’ampleur de cette corruption systémique. Pourtant, nombreux sont ceux qui s’y opposent, craignant que cette régulation ne menace leurs privilèges acquis illégalement.

Des exemples concrets de cette hypocrisie généralisée

  • Les fonctionnaires : Certains, partis au Canada, continuent de percevoir leur salaire au Cameroun tout en appelant publiquement au départ du président. Leurs parents, restés sur place, touchent des allocations familiales sans justificatif réel de présence ou de travail.
  • Les commerçants : Ils crient à la mauvaise gouvernance tout en vendant des produits avariés, en ne payant pas leurs impôts et en truquant les balances pour doubler les prix.
  • Les opposants politiques : Ils dénoncent le pouvoir en place mais négocient avec les ministres pour placer leurs proches dans les grandes écoles ou obtenir des marchés publics.
  • Les enseignants : Certains vendent les notes aux élèves et étudiants, tout en participant activement aux meetings de l’opposition.
  • Les policiers : Ils extorquent les automobilistes en vérifiant leurs papiers, tout en clamant vouloir un changement.
  • Les médecins : Ils désertent les hôpitaux publics pour se concentrer sur leurs cliniques privées, contribuant ainsi à la dégradation du système de santé public.
  • Les journalistes : Leurs articles dépendent souvent de coups de fil reçus à minuit, tandis qu’ils dénoncent la corruption ambiante.

Une corruption qui ronge les mentalités

Pour Armand Noutack II, la véritable crise du Cameroun n’est pas seulement politique ou économique, mais bien une crise des mentalités. La corruption a infiltré tous les aspects de la société, des plus hauts fonctionnaires aux citoyens ordinaires. Chacun, à son niveau, participe à un système qu’il prétend combattre.

« La vérité, c’est que nous sommes corrompus. Si ce n’était qu’une corruption superficielle, on pourrait comprendre, mais nos mentalités sont atteintes. C’est là que réside le vrai problème », affirme-t-il.

Il appelle le ministre Motaze à infiltrer chaque corps de métier pour détecter et sanctionner les agents complices de cette fraude généralisée. Pour construire un Cameroun nouveau, il faut, selon lui, détruire cette toile d’araignée de corruption mentale qui piège tous les Camerounais depuis plus de quatre décennies.

« Si tu ne peux pas être toi-même le changement que tu veux pour ton pays, alors tais-toi. »

Armand Noutack II, Professeur des Lycées.