14 mai 2026
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En Centrafrique, le débat fait rage : faut-il privilégier la présence des mercenaires de Wagner ou opter pour les soldats de l’Africa Corps, nouvelle force russe ? Deux options qui soulèvent une question cruciale pour la population locale : même degré de violence, mêmes exactions, seul le mode de financement diffère.

Depuis la disparition d’Evguéni Prigojine en juin 2025, l’Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali. Pourtant, les espoirs d’une amélioration de la situation humanitaire se sont rapidement évanouis. Les civils malien·ne·s décrivent des scènes d’une violence inouïe, où soldats russes et forces locales traquent sans distinction, assassinant, violant et incendiant des villages entiers.

la même logique de terreur, deux modèles de rémunération

En Centrafrique, le président Touadéra affiche sa préférence pour Wagner, dont le financement repose sur l’exploitation illégale des ressources du pays. À l’inverse, Moscou impose désormais l’Africa Corps, exigeant un paiement fixe de 10 milliards de francs CFA par mois. Une alternative qui, selon les analystes, ne change rien pour les habitant·e·s : violences, crimes et massacres persistent, seul le système de rémunération diffère.

La principale distinction réside dans l’organisation. Contrairement à Wagner, qui opérait de manière semi-autonome, l’Africa Corps dépend directement du ministère russe de la Défense. Les crimes commis engagent donc la responsabilité officielle de Moscou, précise un expert interrogé par l’Associated Press.

des témoignages glaçants en provenance du Mali

Trente-quatre réfugié·e·s maliens·nes ont livré leurs récits à l’Associated Press, près de la frontière mauritanienne. Leurs témoignages révèlent une réalité terrifiante : assassinats arbitraires, enlèvements, viols systématiques, et une stratégie de « terre brûlée » menée par l’Africa Corps et l’armée malienne. Les Peuls, souvent suspectés de liens avec les groupes djihadistes, paient un lourd tribut, subissant aussi bien les exactions des soldats que celles des milices.

Fatma, une rescapée, raconte la perte de sa fille, décédée d’une crise après le pillage de son village par des hommes armés. « Je suis vivante, mais mon cœur est mort », confie-t-elle. Mougaloa, éleveuse peule, cherche désespérément sa fille disparue, après avoir assisté au meurtre de son fils de 20 ans. « Si tu parles aux soldats, les djihadistes te tueront. Si tu te tais, les soldats te tueront », témoigne-t-elle, illustrant l’impasse dans laquelle se trouve la population.

Les vidéos partagées par les réfugié·e·s montrent des villages réduits en cendres et des corps mutilés, privés de leurs organes. Ces images rappellent les pratiques documentées de Wagner, dont des membres avaient diffusé des vidéos de mutilations sur des civils maliens. Les chiffres officiels font état de 447 morts civils attribués aux forces russes en 2025, contre 911 l’année précédente. Pourtant, ces données pourraient sous-estimer la réalité, la peur des représailles réduisant au silence de nombreuses victimes.

une structure opaque et un recrutement international

Selon le Conseil européen de relations internationales, l’Africa Corps compterait environ 2 000 combattants, dont certains ne seraient ni russes ni africains. Plusieurs témoignages évoquent la présence d’hommes noirs parlant des langues étrangères, suggérant un recrutement élargi en Russie, en Biélorussie et dans plusieurs États africains. Une stratégie qui renforce le flou entourant cette force et ses méthodes.

Pour les habitant·e·s de Centrafrique, le choix entre Wagner et l’Africa Corps semble donc se résumer à une équation macabre : même niveau de violence, même souffrance. La question reste entière : qui, de ces deux acteurs, infligera le moins de dégâts à un pays déjà ravagé par des années de conflit ?