Le sommet Afrique-France qui s’est tenu à Nairobi a révélé, une fois de plus, les tensions persistantes entre le Sénégal et le Maroc autour de la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Alors que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye célébrait avec fierté le titre de champion d’Afrique remporté par son pays, la décision arbitrale de la CAF attribuant la victoire au Maroc sur tapis vert a jeté une ombre sur les échanges diplomatiques.
Lors de la session « sport et développement » du sommet, Diomaye Faye n’a pas manqué de souligner, avec une pointe d’ironie, la « année 2026 spéciale » pour le Sénégal, marquée par ce titre continental. Une déclaration qui a suscité des applaudissements dans l’assistance, sous le regard amusé d’Emmanuel Macron et la gêne visible de Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF).
Le litige, né de la décision controversée du 17 mars attribuant la victoire au Maroc (3-0) après une victoire sénégalaise sur le terrain (1-0 après prolongation), reste d’actualité. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a porté l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, où les mémoires de défense des deux parties sont en cours d’examen. L’instance suisse pourrait prendre plusieurs mois pour rendre son verdict.
Rabat et Dakar évitent soigneusement le sujet
Le Maroc, représenté par son chef du gouvernement Aziz Akhannouch lors du sommet, a choisi de ne pas participer à la session dédiée au sport. Une absence remarquée qui confirme la prudence des deux capitales dans leurs échanges. « Ils n’ont pas privilégié cette séquence », a glissé une source proche du dossier. Quatre mois après la finale chaotique au stade Mouley-Abdellah à Rabat, les discussions à Nairobi ont évité d’aborder le sujet, comme pour apaiser les tensions.
Interrogée après la clôture du sommet, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a confirmé ne pas avoir perçu de tensions autour de ce litige. « Vu l’ampleur que cela a prise, je pensais en entendre parler. J’ai participé à de nombreuses tables rondes, mais je n’ai rien entendu sur le sujet », a-t-elle déclaré. Son homologue, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot, a pour sa part souligné que le contentieux revient systématiquement dans les dialogues bilatéraux, tout en précisant : « Ce n’est pas que du football. »
Les relations bilatérales entre le Sénégal et le Maroc restent également marquées par une affaire pénale. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir jeté une bouteille d’eau sur des forces de l’ordre lors des incidents en tribune, a purgé trois mois de prison à Rabat avant d’être libéré le 18 avril après confirmation en appel de sa peine. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés pour violences et dégradations ont également été remis en liberté à la même date, tandis que les quinze autres, condamnés à des peines allant de six mois à un an, restent détenus en attendant une éventuelle grâce royale.
une réforme de la fifa pour éviter de futures crises
Le contentieux a déjà laissé des traces réglementaires. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver fin avril, l’IFAB (International Football Association Board) a adopté une mesure inspirée par Pape Thiaw, le sélectionneur sénégalais, visant à sanctionner tout joueur quittant le terrain en signe de protestation ou tout membre du staff incitant à cette action. Cette « loi Pape Thiaw » pourrait éviter de futures crises similaires.
Malgré les tensions, les deux pays affichent une volonté de préserver les apparences. Côté marocain, on insiste sur les « relations religieuses et historiques » qui doivent primer sur un match de football. À Dakar, on tempère : « C’est une querelle entre frères, comme la langue et les dents : parfois, on se mord. La voie diplomatique doit jouer son rôle. Le Sénégal respecte la souveraineté de chaque pays et attend la même chose en retour. »
Entre recours judiciaires, prisonniers en détention et rebondissements diplomatiques, la finale de la CAN s’inscrit désormais comme l’une des plus longues et des plus complexes de l’histoire du football africain. Une affaire qui dépasse le cadre sportif pour s’immiscer dans les relations internationales du continent.