1 juillet 2026
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Il y a dix ans, le Tchad était secoué par l’affaire Zouhoura, une lycéenne victime d’un viol collectif dont les images avaient été lâchement diffusées sur internet par ses agresseurs. Aujourd’hui, cette forme de violence numérique continue de sévir, prenant pour cible de nombreuses citoyennes, en particulier celles qui osent s’exprimer publiquement.

La présidente de la Ligue tchadienne des droits des femmes, Epiphanie Dionrang, victime du cyberharcèlement en raison de ses prises de position.

Au Tchad, poster un simple contenu multimédia peut transformer une internaute en cible. Les militantes, en première ligne de ce combat, subissent des attaques répétées. Epiphanie Dionrang, à la tête de la Ligue tchadienne des droits des femmes, témoigne de cette hostilité virtuelle qu’elle subit personnellement en raison de son militantisme. Elle analyse les rouages de ce phénomène et les moyens de s’en protéger.

Un quotidien marqué par l’hostilité en ligne

Pour Epiphanie Dionrang, l’engagement pour les droits humains et la lutte contre le cyberharcèlement sont indissociables. Les agressions sur les réseaux sociaux constituent, selon elle, une extension des violences que les femmes et les jeunes filles endurent chaque jour dans l’espace physique. Elle-même a dû faire face à un déferlement de haine suite à ses prises de position publiques.

Les manifestations de ce harcèlement sont multiples : intimidations directes, commentaires à caractère sexiste, messages de haine virulents ou encore harcèlement téléphonique. Ces attaques visent à déstabiliser et à réduire au silence celles qui s’expriment.

Tchad, N'Djamena | Des femmes participent à une manifestation contre les violences faites aux femmes à N'Djamena. (Photo d'archives)

Des conséquences dévastatrices pour les victimes

Le préjudice n’est pas seulement virtuel ; il est profondément psychologique. Les victimes traversent des phases de stress intense, d’anxiété et de peur constante. Dans les situations les plus graves, cela peut mener à la dépression, à une chute brutale de l’estime de soi ou à des pensées suicidaires.

L’humiliation est souvent l’arme privilégiée des harceleurs, qui n’hésitent pas à exposer la vie privée des femmes pour les discréditer. Ce climat toxique pousse de nombreuses citoyennes à l’auto-censure, limitant ainsi leur participation à la vie publique par crainte de nouvelles représailles. Les répercussions peuvent également s’étendre aux sphères professionnelle et économique.

Un arsenal juridique et technique encore trop faible

Les auteurs de ces actes sont variés : il peut s’agir de connaissances, d’anciens amis ou d’individus cachés derrière des profils anonymes. Face à eux, la collecte de preuves est essentielle. Epiphanie Dionrang conseille de systématiquement documenter les agressions par des captures d’écran, en notant les dates, les liens et les identifiants des comptes incriminés.

Cependant, le recours à la justice reste un parcours du combattant au Tchad. L’absence d’un code du numérique clair et l’inertie de l’appareil judiciaire freinent les poursuites. Bien qu’il existe une agence nationale de sécurité informatique et une cellule dédiée à la cybercriminalité, leurs actions de sensibilisation sont jugées insuffisantes par les acteurs de terrain. Le manque de mesures répressives concrètes laisse les victimes dans un sentiment d’abandon et d’insécurité.

Tchad, N'Djamena | Des femmes participent à une manifestation contre les violences faites aux femmes à N'Djamena. (Archives)

Briser le silence par la solidarité

Pour contrer ce fléau, la libération de la parole est cruciale. Des initiatives comme le documentaire « Harcèlement 2.0, La résilience des Africaines connectées », réalisé par la cinéaste tchadienne Aché Ahmat Moustapha, jouent un rôle majeur. Ce film, auquel Epiphanie Dionrang a participé, sert d’outil de plaidoyer pour encourager les femmes à sortir de l’ombre.

L’enjeu est de créer des espaces sécurisés où les victimes peuvent être écoutées sans être jugées. Trop souvent, la société a tendance à blâmer la victime plutôt qu’à sanctionner le harceleur. En favorisant l’entraide et en multipliant les projections-débats, les militantes espèrent transformer la peur en une force collective capable de faire reculer les violences numériques au Tchad et au-delà.