Après avoir restreint les espaces de libre expression et limité l’influence des médias, les systèmes de transition cherchent souvent à étendre leur influence sur l’autonomie financière des citoyens. Au Mali, cette dynamique se manifeste aujourd’hui par une volonté d’encadrement strict du secteur privé. La signature officielle de la « Charte des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) », présentée comme une avancée administrative, semble en réalité marquer une étape vers un contrôle politique accru de l’activité entrepreneuriale.
Le secteur informel dans le viseur du pouvoir
Dans un pays où l’économie informelle constitue le socle de survie pour plus de 90 % de la population, notamment pour les jeunes et les femmes, cette initiative de « structuration » soulève des interrogations. Pour tout pouvoir centralisateur, l’informel représente une zone d’ombre qui échappe à sa surveillance et à ses registres. En tentant de classifier et de labelliser les artisans, les transporteurs et les petits commerçants selon des critères étatiques, les autorités étendent leur périmètre d’action.
Ce nouveau cadre réglementaire pourrait transformer l’accès aux ressources en un levier de clientélisme. À l’avenir, l’obtention de crédits, le droit d’exercer ou l’accès aux marchés publics pourraient être conditionnés à une forme d’allégeance. Dans un environnement où les institutions de soutien financier sont étroitement liées au pouvoir, la liberté d’entreprendre risque de se heurter à l’exigence de silence ou de soutien politique.
Énergie et financement : les véritables défis délaissés
Si le discours officiel met en avant la volonté de soutenir les entreprises face aux crises, la réalité quotidienne des entrepreneurs maliens reste marquée par des obstacles structurels majeurs. Les données économiques indiquent que près de 40 % des entreprises formelles identifient les coupures chroniques d’électricité et les difficultés d’accès au financement comme leurs principaux freins à la croissance.
Les cérémonies protocolaires et les nouvelles réglementations ne suffisent pas à pallier l’absence d’infrastructures fiables. En privilégiant la création de nouvelles contraintes administratives plutôt que la résolution de la crise énergétique, les autorités semblent masquer une certaine incapacité à fournir les services essentiels indispensables au développement de l’économie Mali.
L’interdépendance des libertés au Mali
L’évolution de la situation montre qu’il est difficile de dissocier les libertés civiles des libertés économiques. En restreignant la capacité de contestation, le pouvoir s’assure que les difficultés rencontrées par les chefs d’entreprise, qu’il s’agisse de la pression fiscale ou des défaillances du réseau électrique, ne puissent plus faire l’objet de revendications publiques.
Cette tentative de « structuration » de l’activité privée apparaît comme une stratégie pour réduire la dernière forme d’indépendance des citoyens : celle de subvenir à leurs besoins de manière autonome. Cette centralisation des décisions économiques, observée dans d’autres contextes historiques, conduit souvent à un affaiblissement de l’initiative privée et à une précarisation accrue des acteurs économiques locaux.