Une transaction minière secrète vient d’ébranler les sphères financières et diplomatiques : 300 tonnes de yellowcake, ce concentré d’uranium extrait du sous-sol nigérien et détenu par la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN), auraient été cédées à la société roumaine Nuclearelectrica dans des conditions pour le moins troubles.
Un paiement en espèces qui contourne les règles financières
L’opération se distingue par son mode de règlement intégral en liquide, une pratique rarissime pour un volume aussi important. Habituellement, les ventes de matières premières stratégiques comme l’uranium transitent par des circuits bancaires traçables, permettant au Trésor public nigérien de percevoir les recettes et d’en assurer la comptabilisation officielle. Or, cette transaction s’est déroulée entièrement en dehors de ces canaux traditionnels, soulevant des interrogations sur la destination finale des fonds et leur impact réel sur les finances nationales.
Les analystes soulignent que de tels règlements en espèces, sur des montants colossaux, exposent les fonds à des risques d’évaporation ou de détournement. Sans trace écrite ni contrôle souverain, ces capitaux échappent aux mécanismes de redistribution, de fiscalité et d’investissement dans les infrastructures essentielles du pays.
Un prix de vente bradé et une économie nationale pénalisée
Le préjudice économique pourrait s’avérer lourd pour le Niger. Le cours mondial de l’uranium a connu une forte hausse ces derniers mois, portée par le regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire civile. Pourtant, le stock nigérien aurait été cédé à un tarif bien inférieur aux prix du marché, privant l’État de recettes potentielles substantielles.
L’absence d’appel d’offres transparent a également empêché toute concurrence susceptible de maximiser les profits pour le pays. Résultat : les retombées économiques directes pourraient être quasi inexistantes, tandis que les fonds générés par cette vente risquent de ne jamais alimenter les caisses publiques ni d’être réinvestis dans des projets structurants.
L’ombre de Moscou et les commissions imposées
Cette transaction s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement complexe. En mai 2024, des discussions avaient été engagées pour céder ces 300 tonnes à l’Iran via la SOPAMIN, mais l’opération avait été bloquée sous la pression de partenaires internationaux.
Par la suite, le Niger avait envisagé de vendre ce stock à des entités russes. Cependant, le cargo Matros Shevchenko, venu charger la marchandise au port de Lomé, avait finalement quitté les lieux sans les 300 tonnes à bord, faute d’accord logistique finalisé. Malgré l’échec de cette tentative, les négociateurs russes seraient restés en position de force dans les discussions ultérieures.
Pour débloquer la vente à la société roumaine, un accord aurait été trouvé : les interlocuteurs russes auraient exigé une commission directe sur le montant de la transaction, réduisant encore davantage le profit net théorique attendu par le Niger.
Les défis juridiques pour l’acheteur roumain
L’acquisition de ce stock par Nuclearelectrica pose désormais des questions majeures au regard du droit européen. La Roumanie, membre de l’Union européenne, est soumise à des règles strictes en matière d’approvisionnement en matières nucléaires. Deux organismes jouent un rôle clé dans ce cadre : l’Agence pour l’Énergie Nucléaire et l’Agence d’approvisionnement d’Euratom.
Ces institutions veillent à la transparence des transactions et à la traçabilité des flux financiers, afin de prévenir les risques de blanchiment ou de distorsion de marché. Une opération réglée en espèces, issue d’un circuit non conventionnel, pourrait-elle obtenir leur validation ? Si l’Agence d’approvisionnement d’Euratom venait à considérer que cette transaction enfreint ses directives, l’acheteur roumain s’exposerait à des sanctions lourdes, voire à l’annulation pure et simple de l’accord.
La souveraineté minière nigérienne en question
Il est important de préciser que ce stock de 300 tonnes n’est pas contesté sur le plan juridique. Contrairement à d’autres volumes faisant l’objet de litiges internationaux, notamment avec le groupe français Orano, la propriété de la SOPAMIN sur ces ressources est reconnue.
Le problème réside donc dans la gestion opérationnelle et financière de cet actif national. Alors que les autorités nigériennes mettent en avant la volonté de reconquérir leur souveraineté économique, cette transaction, menée dans l’opacité et en marge des circuits de contrôle, crée une contradiction flagrante. La véritable souveraineté financière exige transparence, reddition de comptes et protection des actifs contre les bradages ou les prélèvements abusifs par des intermédiaires étrangers.
Les citoyens, les investisseurs et les observateurs économiques attendent désormais des explications claires. Il est impératif que les autorités nigériennes fournissent des pièces justificatives démontrant que les fonds issus de cette vente ont bien été réinvestis dans le Trésor public, conformément aux intérêts nationaux.