Le Togo renforce son rôle d’intermédiaire au Sahel en adoptant une approche diplomatique ambitieuse. Lomé cherche à établir des ponts entre les nations dirigées par des juntes militaires — Mali, Niger et Burkina Faso — confrontées à une montée des violences jihadistes, et la communauté internationale. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une stratégie actualisée, révélée lors d’un événement majeur organisé le 18 avril.
Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, souligne l’urgence de cette seconde phase : « La situation sécuritaire au Sahel s’est dégradée, transformant cette région en un foyer de menaces terroristes. Cela menace directement la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest. »
Une stratégie en trois axes pour renforcer la sécurité régionale
La diplomatie togolaise structure sa nouvelle politique autour de trois axes principaux :
- Le renforcement de la coopération régionale : Le Togo mise sur le dialogue et les partenariats avec les pays voisins pour consolider la paix et la stabilité.
- La promotion de conditions favorables à la paix : Lomé s’engage à faciliter les démarches de médiation et à soutenir les initiatives régionales.
- L’accompagnement des transitions politiques : Le pays souhaite aider les nations dirigées par des militaires à rétablir un cadre démocratique après les coups d’État.
Jean Emmanuel Gnagnon, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et spécialiste en gestion des crises, partage son analyse : « Le Togo a su limiter l’avancée des groupes armés et éviter une implantation durable de cellules terroristes sur son sol. Il a également renforcé sa présence sécuritaire en Afrique de l’Ouest. Comparé à d’autres pays de la région, son action a permis de réduire l’impact de la contagion terroriste. »
Cependant, il reconnaît que « les phases précédentes n’ont pas résolu la crise, mais elles ont offert un répit au Togo pour se préparer face à des scénarios plus critiques. »
Des résultats mitigés et des critiques persistantes
Madji Diabakaté, politologue, adopte un ton plus sceptique quant à l’efficacité du rôle du Togo dans la résolution des crises régionales :
« La diplomatie togolaise, lorsqu’elle aborde la question du Sahel, rappelle le conte de la grenouille qui prétendait rivaliser avec le bœuf en se gonflant. Après les coups d’État, deux enjeux majeurs se posaient : l’insécurité et le retour à la démocratie. Or, aucun de ces défis n’a été véritablement relevé. Le Togo a plutôt affaibli la CEDEAO en soutenant les régimes issus de ces crises. »
Cette position est partagée par une partie de la population togolaise, qui estime que le gouvernement devrait prioriser la stabilisation interne avant de s’engager dans des médiations externes.
Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, défend cependant cette stratégie : « Le Togo entretient des relations constructives avec ses partenaires régionaux et internationaux, en privilégiant les intérêts communs. »