9 juin 2026
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Une mutinerie militaire avortée à Cotonou

Un groupe de soldats mutinés a brièvement perturbé l’ordre public au Bénin ce dimanche 7 décembre. Les insurgés ont pris le contrôle de la télévision nationale, la SRTB, à Cotonou, avant d’annoncer avoir destitué le président Patrice Talon. Agé de 67 ans, ce dernier devait quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats consécutifs. Rapidement, les forces loyalistes ont repris le contrôle des infrastructures stratégiques, tandis que le chef de l’État était mis en sécurité. Les mutins, initialement présents dans le quartier Guézo, ont tenté de s’introduire dans sa résidence privée avant d’être repoussés par les unités fidèles au gouvernement.

Dès la mi-journée, des hélicoptères survolaient la capitale économique, et des patrouilles quadrillaient les rues. La situation s’est progressivement stabilisée dans l’après-midi, permettant le rétablissement d’un calme relatif.

Déclaration officielle du président Talon

Dans une allocution télévisée diffusée en soirée, Patrice Talon a qualifié les événements d’extrêmement graves et promis une réponse ferme. Il a révélé que certaines personnes étaient encore détenues par les mutins en fuite, insistant sur la nécessité de protéger la population et de rétablir pleinement la sécurité. Tragiquement, l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire présidentiel, a été tuée lors d’un assaut contre leur domicile à Abomey-Calavi. La fille du général, promue général de corps aérien en juin 2024, a également été blessée.

Origine et déroulement des hostilités

Selon le ministre de l’Intérieur Alassane Seidou, tout aurait débuté au petit matin avec une tentative de déstabilisation de l’État menée par un groupuscule de militaires. Les Forces armées béninoises, restées fidèles à leur serment, ont riposté efficacement pour contrer cette manœuvre. Le gouvernement a appelé la population à reprendre ses activités normales malgré l’incertitude persistante.

Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a précisé que la majorité des soldats sont restés loyaux au président, seuls quelques éléments isolés ayant participé à cette entreprise putschiste.

Les premières investigations révèlent qu’au moins une douzaine de militaires ont été arrêtés, dont les principaux instigateurs présumés et un ancien membre de l’armée.

Assaut sur les résidences présidentielles et prise de la télévision

Dès l’aube, des détonations ont retenti dans la capitale. Plusieurs sources sécuritaires évoquent une attaque coordonnée impliquant des éléments extérieurs, potentiellement des mercenaires, qui ont d’abord ciblé les domiciles de hauts gradés avant de se diriger vers la résidence présidentielle et le palais présidentiel. Les mutins ont ensuite pris le contrôle de la SRTB, où ils ont diffusé un message vidéo annonçant la création d’un Comité militaire pour la refondation, dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Ils affirmaient avoir suspendu la Constitution et destitué Patrice Talon, évoquant des motifs politiques liés à la gouvernance.

Le lieutenant-colonel Tigri a justifié ce coup de force par la volonté de mettre fin, selon lui, à une privation des droits civiques, à des lois jugées répressives et à des arrestations arbitraires. Il a également dénoncé le renvoi en exil de certains citoyens.

Les ambassades des États-Unis et de France ont rapidement réagi. L’ambassade américaine a alerté ses ressortissants sur des échanges de tirs dans le quartier Guézo, tandis que la représentation française a appelé ses citoyens à la plus grande prudence.

Contre-offensive des forces loyalistes

Les déclarations des mutins ont été rapidement contestées sur le terrain. Des combats intenses ont éclaté autour du port et du palais présidentiel, où la garde républicaine, demeurée fidèle, a lancé une contre-attaque pour reprendre les positions clés. L’accès à la marina, où se situe le palais, a été verrouillé, tandis que des hélicoptères survolaient la zone et que plusieurs axes majeurs de Cotonou étaient fermés.

Le gouvernement béninois a sollicité l’assistance de l’armée nigériane, qui a déployé des avions de chasse et des troupes au sol pour sécuriser la SRTB et un camp militaire occupé par les mutins.

Un climat d’incertitude et de rumeurs

Pendant plusieurs heures, un flou total a régné dans la capitale. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont relayé des informations contradictoires, faute de communication officielle immédiate. Les habitants de Cotonou, interrogés en début d’après-midi, exprimaient leur inquiétude quant à l’évolution de la situation et craignaient des représailles.

Cette tentative de putsch marque un tournant pour le Bénin, longtemps perçu comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest. Elle survient moins de deux mois après le coup d’État à Madagascar et dix jours après celui en Guinée-Bissau, renforçant les craintes d’une démocratie vacillante dans la région. Les pays voisins – Niger, Burkina Faso, Mali et Guinée – ont également connu des bouleversements similaires ces dernières années.

Réactions régionales et déploiement de troupes

La tentative de coup d’État a suscité une vague de condamnations immédiates de la part de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine. L’Union africaine a qualifié l’acte de violation flagrante de l’ordre constitutionnel et a exigé le retour des militaires mutinés dans leurs casernes. Dans un communiqué publié sur X, Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission panafricaine, a appelé à cesser immédiatement toute action illégale et à restaurer l’état de droit.

La CEDEAO a annoncé le déploiement de troupes au Bénin pour soutenir le gouvernement et préserver la stabilité institutionnelle. Des contingents en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana ont été mobilisés dans le cadre de la Force en attente de la CEDEAO.

Présidentielle 2026 : un contexte politique tendu

À quelques mois de la fin de son mandat, prévue en avril 2026, Patrice Talon navigue dans un environnement politique et sécuritaire complexe. Le nord du pays reste exposé aux attaques djihadistes d’Al-Qaïda, avec 54 soldats tués lors d’affrontements en avril dernier.

Sur le plan politique, le président sortant, ancien magnat du coton au pouvoir depuis 2016, ne peut briguer un troisième mandat grâce à la limitation à deux mandats dans la Constitution. Cependant, la coalition au pouvoir (Bloc républicain et UP-R) a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni, figure centrale des politiques économiques des dix dernières années.

Une révision constitutionnelle adoptée le mois précédent, instaurant un Sénat et prolongeant la durée des mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, a exacerbé les tensions. Cette réforme, couplée à l’exclusion du principal parti d’opposition (Les Démocrates), alimente les débats et les critiques, malgré le maintien de la limite des deux mandats.

Les mutins auraient agi en réaction à une gouvernance qu’ils jugent exclusive et répressive. Leur geste révèle des fissures profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois, laissant planer le doute sur d’éventuels commanditaires occultes.