9 juin 2026
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La Côte d’Ivoire franchit une étape historique avec sa fiscalité carbone

Le gouvernement ivoirien a présenté un projet de stratégie nationale de taxation carbone, marquant une avancée majeure dans sa politique environnementale. Portée par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, cette initiative vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en accélérant la transition vers une économie verte. Une réponse directe aux défis climatiques et économiques qui pèsent sur le pays.

Un contexte économique et environnemental exigeant

Depuis la reprise post-Covid, la Côte d’Ivoire connaît une croissance économique soutenue, mais celle-ci s’accompagne d’une hausse des émissions de carbone. L’intensité carbone du pays est passée de 0,15 à 0,18 tonne par millier de dollars entre 1990 et 2024. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : la dépendance aux énergies fossiles, l’expansion des transports, l’industrialisation accélérée et les pratiques agricoles émettrices de CO₂.

Les autorités ivoiriennes soulignent les risques concrets du changement climatique pour l’économie nationale. Hausse des températures, irrégularités pluviométriques et risques environnementaux menacent des secteurs clés, à commencer par l’agriculture, un pilier de l’emploi et du PIB.

Un alignement sur les engagements climatiques internationaux

Cette réforme s’inscrit dans la volonté de la Côte d’Ivoire de tenir ses promesses climatiques. Dans le cadre de sa Contribution Déterminée au Niveau National (CDN 3.0), le pays s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 33,07 % de manière autonome, et jusqu’à 74 % avec un appui extérieur, d’ici 2035.

Cette stratégie s’articule également avec les réformes négociées avec le Fonds Monétaire International (FMI), notamment via la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD). L’introduction d’une fiscalité carbone adaptée au contexte ivoirien en est l’un des piliers.

Une fiscalité environnementale existante, mais insuffisante

La Côte d’Ivoire dispose déjà d’outils fiscaux à visée écologique, comme des taxes sur les produits pétroliers, des prélèvements environnementaux ciblés ou des redevances dans les secteurs forestier et minier. Cependant, leur impact reste limité : ils génèrent des recettes publiques sans vraiment inciter à une transition bas carbone.

La nouvelle stratégie ambitionne de renforcer l’effet incitatif de ces mesures, en encourageant entreprises et particuliers à adopter des comportements plus respectueux de l’environnement.

Une taxe carbone progressive et équitable

Le projet cible principalement les carburants fossiles, à l’exception du gaz butane. Les simulations réalisées indiquent qu’une taxe carbone pourrait avoir un impact significatif sur les émissions de CO₂. Par exemple, une imposition initiale de 8 dollars par tonne de CO₂ pourrait entraîner une baisse de 0,2 million de tonnes d’émissions. Avec une taxation à 50 dollars par tonne, la réduction potentielle atteindrait 1,2 million de tonnes.

Le gouvernement reconnaît que cette réforme pourrait, dans un premier temps, entraîner une hausse des prix des carburants et un léger ralentissement de la croissance. Pour atténuer ces effets, il prévoit de recycler les recettes collectées vers des mesures sociales et environnementales.

Un recyclage des fonds au service de la transition écologique et sociale

Les revenus issus de la fiscalité carbone seront prioritairement utilisés pour garantir l’accès universel à l’électricité sur l’ensemble du territoire. Une partie des fonds servira à subventionner les cuisinières à gaz ou solaires, réduisant ainsi la dépendance au charbon de bois.

Le plan prévoit également des aides directes pour les ménages les plus vulnérables, ainsi que le financement de projets d’emplois verts et de reconversion professionnelle dans les secteurs touchés par la transition écologique. Des avantages fiscaux et des infrastructures adaptées, comme des bornes de recharge, seront aussi mis en place pour encourager l’adoption de véhicules à faible émission.

Un déploiement progressif et rigoureux

La mise en œuvre de cette stratégie s’étendra sur dix ans, de 2026 à 2035. La première phase (2026-2027) sera consacrée à la préparation du cadre juridique, institutionnel et technique. La seconde (2028-2029) verra l’entrée en vigueur de la taxe carbone, avec un taux initial modéré. La dernière phase, jusqu’en 2035, permettra d’ajuster et de consolider le mécanisme.

À travers cette approche, la Côte d’Ivoire cherche à concilier croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement, répondant ainsi aux défis climatiques mondiaux.