16 septembre 2026
939efdc2-d9ec-47d8-94ca-424ed83c204c

Le Premier ministre algérien, Sifi Grine, a foulé le sol de Bamako ce lundi pour une visite officielle placée sous le signe du rapprochement avec le pouvoir militaire malien. Accueilli par le général d’armée Assimi Goïta, il s’est affiché aux côtés du chef de la junte dans un décor soigné, destiné à convaincre d’une nouvelle ère de coopération entre Alger et Bamako. Pourtant, derrière les sourires de circonstance et les déclarations d’intention, cette rencontre met en lumière une relation bilatérale profondément fracturée, où les rancœurs passées affleurent sous la surface.

Un rapprochement sous tension

La scène, savamment orchestrée au palais de Koulouba, se voulait le symbole d’une amitié retrouvée. Les échanges entre Sifi Grine et Assimi Goïta ont porté sur le renforcement des liens bilatéraux, la lutte contre l’insécurité régionale et la relance des flux économiques dans un Sahel en proie à de multiples crises. Alger entend ainsi réaffirmer son influence dans son pré carré méridional, tandis que Bamako cherche à briser son isolement sur la scène internationale. Mais cette démonstration d’unité ne trompe pas les observateurs avertis.

Car cette embellie diplomatique survient après une période de brouille intense. Il n’y a pas si longtemps, la junte malienne multipliait les accusations virulentes contre son voisin du Nord, l’accusant d’ingérence dans ses affaires intérieures. Dans une surenchère souverainiste devenue sa marque de fabrique, Bamako reprochait à Alger d’accueillir des opposants politiques et des leaders religieux influents, mais aussi de soutenir les groupes autonomistes du Nord. En brandissant ces griefs, le pouvoir militaire cherchait surtout à détourner l’attention d’une situation sécuritaire en dégradation constante.

Les non-dits d’une relation minée

Le tête-à-tête de ce lundi ressemble davantage à un mariage de raison qu’à une véritable réconciliation. Pour Bamako, engagé dans une rupture brutale avec ses partenaires occidentaux et empêtré dans des alliances régionales fragiles, il s’agit de diversifier ses appuis diplomatiques. Pour Alger, l’impératif est de prévenir l’installation d’un foyer d’instabilité à sa frontière sud, propice à l’expansion des réseaux terroristes et des trafics en tout genre. Ce rapprochement répond donc à une logique pragmatique : sauver les apparences pour éviter une rupture définitive, sans pour autant effacer les profondes défiances réciproques.

L’ombre de l’Accord d’Alger de 2015 continue de planer sur ces retrouvailles. En dénonçant unilatéralement ce cadre de négociation au début de l’année 2024, la junte d’Assimi Goïta pensait s’affranchir de toute tutelle extérieure. Mais l’abandon de ce mécanisme n’a apporté ni la paix dans le nord du Mali, ni la fin de la menace sécuritaire. En se rendant aujourd’hui à Bamako pour tenter de réengager le dialogue, Alger démontre qu’elle reste un acteur incontournable dans la région. Bamako peut bien tenter de l’ignorer, elle finit toujours par devoir composer avec sa diplomatie.

Les illusions d’une diplomatie de façade

Cette visite offre certes un répit médiatique bienvenu au général Goïta, mais elle ne résout aucun des problèmes de fond. La junte malienne continue de s’appuyer sur une rhétorique sécuritaire pour justifier son maintien au pouvoir, tout en repoussant indéfiniment le retour à un ordre constitutionnel démocratique. Sans un engagement sincère en faveur de la stabilité politique intérieure et sans une prise en compte des équilibres régionaux, les promesses échangées lors de cette rencontre risquent de rester lettre morte.

Derrière les poignées de main et les uniformes impeccables, la relation entre Bamako et Alger demeure un terrain miné. Chaque partie avance ses pions, guettant le faux pas de l’autre. Et si cette visite marquait moins un tournant qu’une simple parenthèse dans une relation décidément tourmentée ?