15 septembre 2026
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Un symbole de souveraineté devenu fardeau industriel

La Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) devait incarner la réussite d’une gestion 100 % nigérienne. Sur le papier, le pari semblait audacieux. Dans les faits, il tourne à la débâcle. La production d’uranium du Niger s’est littéralement effondrée de 83,3 % au premier trimestre 2026, chutant à 31,2 tonnes seulement, alors qu’elle atteignait 186,3 tonnes le trimestre précédent. Une dégringolade spectaculaire, révélée par la note de conjoncture du ministère des Finances.

L’excuse logistique : un paravent commode

Pour expliquer ce désastre, les autorités brandissent un argument tout trouvé : les « contraintes logistiques sur le corridor d’importation des intrants ». L’acheminement de l’acide sulfurique ou des pièces détachées rencontre certes des obstacles, avec le blocage des routes traditionnelles. Mais imputer la totalité de cet échec aux transports relève d’une mauvaise foi manifeste.

Une chaîne industrielle aussi sophistiquée ne s’improvise pas. La gestion des stocks critiques, l’anticipation des besoins en réactifs, la maintenance préventive d’équipements de pointe : tout cela exige une rigueur technique et une vision managériale que la nouvelle direction ne semble pas maîtriser.

Arlit : le constat d’une gestion à la dérive

Sur le site d’Arlit, l’heure est au désenchantement. Derrière les déclarations patriotiques, l’insuffisance de qualifications pointues et les erreurs de pilotage plombent les opérations au quotidien.

  • Planification défaillante : faute d’anticiper la rupture des stocks de réactifs chimiques, les responsables ont laissé l’outil de production s’asphyxier jusqu’à l’arrêt complet.
  • Maintenance sacrifiée : la gestion chaotique des pièces d’usure sur les broyeurs lourds et les filtres a provoqué des pannes en série, bien avant l’épuisement des intrants.
  • Savoir-faire perdu : le départ ou l’éviction des ingénieurs expérimentés a cédé la place à une gestion politique, au détriment de la compétence technique.

Le prix caché d’un nationalisme de vitrine

Produire de l’uranium ne se limite pas à appuyer sur des boutons ou à prononcer des discours enflammés sur les plateaux de télévision. L’industrie nucléaire ne tolère aucun amateurisme. En confiant des installations de haute technologie à une direction dépassée par les exigences du secteur, le pouvoir offre une démonstration brutale des limites de son modèle.

En voulant prouver à tout prix qu’il pouvait se passer de l’expertise étrangère sans en avoir les capacités réelles, le régime a tout simplement paralysé le poumon minier du pays. Et comme souvent, c’est le Trésor public qui réglera la facture de cet aveuglement.