10 juin 2026
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Le 15 mai 2026, un incident a secoué la vie politique congolaise. Des propos sexistes ont été tenus depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, filmés et diffusés massivement. On y voit la députée Micheline Mpundu achever sa motion d’information avant de quitter la tribune. Le deuxième vice-président, Christophe Mboso, qui présidait la séance, a alors commenté son apparence physique : « Merci collègue, elle est très belle… hein. »

Il a poursuivi en lingala, invitant les autres à la regarder, mimant ses formes avec les mains et ajoutant « Dieu l’a créée » et « ce sont les choses d’un autre », sous les rires et applaudissements de l’hémicycle. La séance s’est poursuivie normalement. Ce n’est qu’après l’indignation publique et des pressions internes que Mboso a présenté des excuses, sans aucune sanction.

Ce fait divers relance une question cruciale : quand les parlements africains, et surtout celui de la République démocratique du Congo, cesseront-ils d’être des espaces hostiles aux femmes qu’ils sont censés représenter ?

Mes recherches doctorales en science politique portent sur la masculinité dans les institutions législatives congolaises. J’analyse cette vidéo non comme un simple écart, mais comme un problème structurel. Je m’interroge sur le décalage entre les engagements officiels de la RDC et la réalité vécue par les femmes élues.

Un phénomène qui dépasse la RDC

Les violences parlementaires envers les femmes ne sont pas propres à la RDC. D’autres cas ont été documentés ailleurs. La participation féminine a augmenté avec les démocratisations des années 1990, mais cette présence s’est heurtée à des résistances masculines. L’Union interparlementaire (UIP) a mené une enquête mondiale en 2016 : 65,5 % des élues rapportent des agressions verbales répétées, souvent de la part de collègues masculins.

Ces violences se manifestent par un questionnement constant de leur légitimité, l’évaluation de leur apparence plutôt que de leur travail politique. Le sexisme s’installe dans l’hémicycle lui-même, comme en RDC. L’étude régionale de l’UIP et de l’Union parlementaire africaine (UPA) de novembre 2021 confirme que les progrès sont insuffisants.

Les applaudissements dans la vidéo ne sont pas anodins. Ils révèlent un système qui tolère ces comportements. La philosophe Kate Manne analyse cela comme un mécanisme de contrôle. Les gestes, les mots, le rire – ce que Mona Lena Krook appelle violence sémiotique – rappellent aux élues qu’elles sont d’abord des corps. La colonialité du genre, concept de María Lugones, éclaire cette naturalisation de la hiérarchie, héritage colonial qui persiste.

Des exemples africains

D’autres cas similaires ont marqué le continent. Au Sénégal, la députée Amy Ndiaye, enceinte, a été giflée et frappée au ventre en 2022 en plein hémicycle. Au Nigeria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue en 2025 pour avoir dénoncé le harcèlement sexuel du président du Sénat. Ces trois femmes, de pays différents, ont subi des violences qui montrent que si les parlements africains tolèrent leur voix, leur dignité n’est pas respectée.

Les précédents congolais

En RDC, les incidents se multiplient. Le 30 avril 2020, Thambwe Mwamba, alors président du Sénat, a humilié la sénatrice Bijoux Ngoya en public, l’accusant à tort d’avances. Le 15 juillet 2021, la députée Christelle Vuanga a été interrompue par Nsingi Pululu qui lui a simplement dit « Vous êtes une femme », niant sa capacité à débattre.

L’affaire Mboso n’est donc pas une surprise. La RDC a ratifié des conventions, adopté des lois, mais dans la pratique, rien ne change. L’écart entre les textes et les actes est documenté, mais on continue de faire comme si de rien n’était.

Une réflexion nécessaire

Simone de Beauvoir écrivait en 1949 que les femmes sont définies comme « les autres ». En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais : les députées sont réduites à leur corps. Ces incidents montrent que le patriarcat sape la démocratie de l’intérieur. Tant que les comportements sexistes restent impunis, comme dans le cas Mboso, le Parlement reste misogyne. Les 65 femmes sur 477 députés (13 %) représentent à peine la moitié de la population féminine (51 %). Cela ne justifie pas la tolérance.

D’autres parlements ont trouvé des solutions avec des campagnes comme #NotTheCost ou #NotInMyParliament, prouvant qu’un changement est possible par des sanctions et la protection des victimes. La RDC a de belles lois, comme le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en octobre 2025, mais une loi sans application reste un vœu pieux. Ne pas sanctionner Mboso envoie un signal clair à toutes les femmes congolaises qui envisagent une carrière politique : le silence n’est plus une option.