9 juin 2026
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santé reproductive au Mali : quand les sages-femmes changent des vies

Bamako — Kadidia, 19 ans, élève à Bamako, partage son expérience : « parler de contraception était un sujet tabou dans mon entourage. Je craignais les jugements et les commérages. » Comme elle, de nombreuses jeunes femmes au Mali rencontrent des obstacles sociaux, culturels et structurels pour accéder à des soins en santé sexuelle et reproductive. En 2024, le pays a déploré 583 décès maternels, dont 89 chez les adolescentes de 15 à 19 ans. Les grossesses précoces et non désirées restent un risque majeur. Bien que le Mali enregistre des progrès, la situation exige encore des efforts : en 2024, près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer vivaient dans le pays, et 559 493 jeunes femmes et adolescentes ont pu bénéficier de méthodes contraceptives modernes, contre 480 682 en 2023.

Pourquoi l’accès à la santé reproductive est-il crucial pour les jeunes Maliennes ?

Garantir un accès équitable à des services de santé reproductive adaptés est essentiel pour la sécurité et l’avenir des jeunes femmes. Ces services leur permettent de faire des choix éclairés sur leur corps et leur santé. Ils jouent un rôle clé dans la réduction des grossesses non désirées grâce à la contraception, la prévention des infections sexuellement transmissibles, et l’amélioration de leur bien-être physique et mental. Dans un pays où les tabous persistent et où les risques sanitaires sont élevés, ces droits deviennent une priorité absolue en matière de santé publique.

Un programme ambitieux soutenu par l’OMS et ses partenaires

Face à ces défis, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) accompagne le gouvernement malien dans la mise en œuvre d’un programme d’envergure. Ce projet vise à renforcer les droits et l’accès aux soins en santé sexuelle et reproductive. L’appui de l’OMS comprend plusieurs volets :

  • Renforcement du cadre juridique pour protéger les droits des jeunes et des adolescentes ;
  • Amélioration des compétences des prestataires de santé à travers des formations continues ;
  • Fourniture d’équipements médicaux adaptés aux besoins des centres de santé ;
  • Création de cliniques spécialisées pour les jeunes, offrant des services intégrés ;
  • Production de données fiables pour orienter les politiques publiques.

Le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction, explique : « Ce programme s’inscrit dans notre plan stratégique et vise à garantir les droits en matière de soins, notamment pour les jeunes et les adolescents. Nous avons formé des magistrats aux nouvelles directives de l’OMS, mis en place un observatoire national de la santé, et renforcé le système de surveillance des décès maternels. »

L’OMS agit également comme un catalyseur de coordination et de supervision. Grâce à son soutien, le Mali a publié son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive ainsi que les Comptes nationaux de la santé 2022. Ces outils permettent une analyse approfondie des performances et guident les décisions stratégiques.

Des initiatives concrètes pour rapprocher les soins des populations vulnérables

Le Dr Sylla Ousmane, responsable du Programme santé sexuelle et reproductive au bureau de l’OMS au Mali, détaille les actions mises en place : « Nous avons soutenu l’ouverture d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, qui propose des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également déployée dans la zone humanitaire de Macina pour toucher les populations les plus vulnérables. »

Le rôle clé des sages-femmes dans cette transformation

Les sages-femmes, formées et engagées, occupent une place centrale dans ce dispositif. Leur formation continue a permis d’améliorer significativement la qualité des soins prodigués aux jeunes femmes. Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, témoigne : « J’ai suivi plusieurs formations sur la consultation prénatale recentrée, la planification familiale, la prise en charge des IST/VIH/sida et la prescription médicale. Cela a transformé ma pratique et m’a permis d’accueillir les jeunes femmes sans jugement. »

Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila, à environ 160 km au sud de Bamako, confirme l’impact de ces formations : « Elles ont profondément modifié ma façon de travailler, notamment en matière d’écoute, de disponibilité et de respect du consentement. » Entre 2019 et 2025, le nombre de jeunes et d’adolescents bénéficiant des services de santé sexuelle et reproductive dans son centre est passé de 2 330 à 5 121, soit plus du double.

Un changement visible dans les mentalités et les comportements

Les avancées ne se limitent pas aux statistiques. Grâce aux campagnes de sensibilisation dans les écoles, aux émissions radiophoniques sur la sexualité et à la formation des prestataires à l’écoute et au respect du consentement, les jeunes filles osent désormais se rendre dans les centres de santé. Les tabous s’effritent peu à peu, le dialogue s’installe, et la confiance grandit entre les patientes et les soignants.

Kadidia, qui a bénéficié de ces services, témoigne : « La première fois que je suis venue au centre, la sage-femme m’a mise en confiance. Elle m’a écoutée sans me juger et m’a prodigué d’excellents conseils. Je me sens mieux dans ma peau. Je veux dire aux autres jeunes filles : n’ayez pas peur, allez consulter, ces services sont là pour vous aider. »