Le lundi où le Premier ministre a dévoilé la liste des ministres, Ousmane Sonko, leader du Pastef, précisait dans le même temps qu’aucun membre de son parti ne figurerait dans l’équipe gouvernementale. Une décision qui scelle définitivement la fin de l’alliance entre les deux hommes, autrefois présentés comme inséparables.

Cette rupture politique, désormais actée, laisse nombre d’étudiants sénégalais dans un profond désarroi. À l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, beaucoup peinent à admettre que le duo qui incarnait le renouveau soit réduit à néant.

Les partisans du duo en état de choc

Sous les frondaisons de la Faculté des Lettres, Amath Segnane, étudiant en dernière année, tente de se concentrer sur ses révisions. Pourtant, ses pensées sont ailleurs. Il faisait partie de ceux qui avaient cru au projet commun de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

« On nous a promis une équipe soudée, capable de transformer le pays. Pourtant, aujourd’hui, c’est la désillusion. Comment expliquer ce revirement après des années de combat commun ? » s’interroge-t-il, amer. Pour lui, cette séparation remet en cause la crédibilité même du tandem qui avait séduit une partie de la jeunesse.

Cour de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar

Une rupture annoncée pour certains

À quelques pas de là, Mamadou Bah, étudiant en sciences économiques, affiche un regard plus pragmatique. Pour lui, les tensions étaient visibles depuis longtemps. « L’ex-Premier ministre multipliait les prises de position qui dépassaient son rôle. Il agissait comme s’il était au-dessus du président. Dans ces conditions, une séparation devenait inévitable » explique-t-il.

Même s’il regrette l’issue, il reconnaît que Bassirou Diomaye Faye avait toutes les raisons de reprendre les rênes du gouvernement. Une position qui contraste avec celle d’autres camarades, encore en proie au doute.

Entre espoir et incertitudes

Omar Sarr, inscrit en arabe, refuse pour sa part de tirer un trait définitif sur leur collaboration. « Sans Sonko, Diomaye n’aurait jamais atteint le pouvoir. Leur histoire commune est trop forte pour s’arrêter ainsi. Certains donnent raison au président, d’autres à l’ex-Premier ministre… mais je refuse de croire à une rupture totale » confie-t-il, les yeux brillants d’espoir.

Désormais, le paysage politique sénégalais se recompose : le président gouverne sans le soutien de son parti, tandis que Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée nationale, se mue en opposant. Une nouvelle donne qui continue de nourrir les débats dans les campus et au-delà.