Le Conseil constitutionnel du Sénégal a rendu, hier, un verdict sévère contre le parti au pouvoir, le Pastef. La réforme institutionnelle qu’il portait a été jugée anticonstitutionnelle, mettant fin à l’ambition de rééquilibrer les institutions selon ses promoteurs. Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye lui-même, l’instance a pointé deux manquements majeurs : l’absence de financement pour la future Cour constitutionnelle et des irrégularités dans la procédure parlementaire.

Adoptée en grande pompe par l’Assemblée nationale, où le Pastef dispose d’une majorité écrasante, cette réforme visait à renforcer le contrôle parlementaire sur les ressources naturelles et à élargir les prérogatives des députés. Pourtant, le Conseil constitutionnel a statué sans appel : le texte ne respecte pas les exigences budgétaires et procédurales de la Constitution sénégalaise.
une décision qui relance les tensions politiques
Cette annulation intervient dans un climat déjà électrique entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Le premier, écarté de la Primature en mai dernier, avait rapidement rebondi en prenant la tête de l’Assemblée nationale. Pourtant, les désaccords persistent, au point que Sonko évoquait récemment une situation de « cohabitation » avec le chef de l’État.
Pour Adji Diarra Mergane Kanouté, figure de proue de la coalition Ensemble Demain et présidente du parti USD/A, cette décision marque un tournant. « Le rejet du texte ne signifie pas que tout est joué », souligne-t-elle, rappelant que la Constitution exige des compensations financières pour toute réforme créant de nouvelles charges publiques, comme l’organisation d’élections ou la mise en place d’une Cour constitutionnelle. Elle ajoute que l’Assemblée nationale aurait dû appliquer la procédure de vote bloqué, comme le gouvernement l’avait demandé, en violation des règles.

les réactions s’enchaînent après l’arrêt du conseil
Du côté du Pastef, Ousmane Sonko a reconnu publiquement la décision, sans pour autant renoncer à ses ambitions. La coalition présidentielle, quant à elle, se veut rassurante, mettant en avant le bon fonctionnement des institutions et la nécessité de poursuivre le dialogue sur les réformes. Dr. Binette Ndiaye, coordinatrice du Forum Citoyen, salue cette décision, estimant qu’elle rappelle l’importance du consensus dans une démocratie, même lorsque la majorité est solide.
« Il était crucial d’associer tous les acteurs avant d’engager des changements constitutionnels, explique-t-elle. Le Conseil constitutionnel nous rappelle que le Sénégal reste une République, où le respect des procédures et l’inclusion des différents avis sont essentiels, même en période de majorité politique. »
un Sénégal en pleine crise institutionnelle
Cette invalidation s’inscrit dans une série de tensions croissantes entre les deux hommes forts du régime. Depuis des mois, leurs relations se dégradent, alimentées par des divergences sur la gestion du pouvoir. L’annulation de la réforme ne fait qu’accentuer les craintes d’une paralysie institutionnelle, alors que le pays traverse une période charnière de son histoire politique.
Pour de nombreux observateurs, cette décision pourrait marquer un tournant dans l’équilibre des forces au sommet de l’État. Entre ambitions personnelles et respect des règles, le Sénégal doit désormais trouver un chemin pour concilier efficacité et légitimité démocratique.