9 juin 2026
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Le quatrième recensement au Cameroun se heurte à des obstacles majeurs, loin d’être anodins. Initialement prévu pour s’achever le 29 mai, l’opération de dénombrement de la population et des habitations a été prolongée de deux mois par un décret signé par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Une décision qui, au lieu de calmer les esprits, a attisé les critiques, notamment celles de la société civile. Cette dernière met en lumière une organisation défaillante pour un exercice censé servir de base aux politiques publiques.

Philippe Nanga, coordinateur de l’ONG Un Monde Avenir, ne mâche pas ses mots. Il dénonce une « confusion généralisée » autour d’un processus qu’il considère comme essentiel pour l’élaboration des stratégies nationales. Selon lui, un exemple frappant de ce dysfonctionnement se trouve à Douala, capitale économique du pays. Des agents recenseurs ont abandonné leur mission après seulement dix jours de terrain, faute de percevoir leur rémunération.

Une opération aux enjeux cruciaux sous le feu des projecteurs

Le recensement représente, pour tout État, un outil indispensable à la prise de décision. Il influence le découpage électoral, l’allocation des budgets aux collectivités locales, ainsi que la planification des infrastructures éducatives et sanitaires. Au Cameroun, où le dernier dénombrement officiel date de 2005, l’absence de données démographiques actualisées pèse sur les politiques publiques. L’importance de cette quatrième édition dépasse donc largement le cadre d’un simple exercice comptable.

La prolongation de deux mois reflète, en réalité, l’ampleur des difficultés rencontrées sur le terrain. Zones rurales mal couvertes, retards dans la livraison du matériel, formation insuffisante des enquêteurs : les problèmes se sont accumulés depuis le début de l’opération. L’arrêt de travail des agents à Douala révèle une faille plus profonde, liée à la gestion des ressources humaines et au paiement des salaires pour un projet d’une telle envergure.

La société civile en première ligne pour exiger des comptes

Philippe Nanga, à travers Un Monde Avenir, incarne cette frange d’organisations qui veillent au bon déroulement des processus institutionnels au Cameroun. Sa prise de parole publique ne vise pas à discréditer l’opération, mais à exiger des explications sur sa gestion. La question centrale reste : dans ces conditions, les résultats seront-ils suffisamment fiables pour être reconnus ? Cette interrogation n’est pas anodine dans un pays où les chiffres officiels, qu’ils concernent la démographie ou les élections, sont souvent contestés.

La prolongation accordée par la primature ouvre une période de rattrapage. Encore faut-il que les financements suivent. Les ONG observatrices mettent en garde contre le risque d’un recensement bâclé, qui ne fournirait qu’une image partielle de la population camerounaise. Les partenaires internationaux, comme la Banque mondiale ou le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui soutiennent traditionnellement ces opérations en Afrique, suivent de près la rigueur méthodologique des dénombrements nationaux.

Un avertissement pour les autorités camerounaises

Au-delà du cas camerounais, ce débat soulève une problématique récurrente en Afrique francophone : l’organisation de recensements exhaustifs dans des contextes marqués par des contraintes budgétaires, des territoires difficiles d’accès et des défis sécuritaires. Le précédent recensement de 2005 avait déjà subi des reports successifs avant la publication de ses résultats définitifs en 2010. Vingt ans plus tard, le Cameroun peine toujours à planifier ces opérations dans des délais réalistes.

Les déclarations de Philippe Nanga pourraient peser dans le débat public à mesure que le nouveau délai s’écoule. Les autorités sont attendues sur plusieurs fronts : transparence du dispositif, régularisation des salaires impayés pour les agents de terrain et communication d’indicateurs intermédiaires. À défaut, le quatrième recensement camerounais pourrait entrer dans l’histoire administrative davantage pour ses échecs que pour ses contributions scientifiques.