Ousmane Sonko : un tournant politique au Sénégal avec sa réintégration au parlement ?
À Dakar, devant la résidence d’Ousmane Sonko, à Cité Keur Gorgui, l’effervescence est palpable. Un militant du Pastef-Les Patriotes scande son nom à tue-tête : « Sonkoooo ! », marquant ainsi son soutien inconditionnel à son leader. Ce dernier est de retour au cœur de l’actualité politique sénégalaise après des mois d’absence sous le mandat de Premier ministre.
Nourdine Diallo, un partisan historique, exprime sa déception face à la récente décision présidentielle. Pour lui, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko est un choc. « Nous avions cru au tandem Diomaye-Sonko, ce slogan de campagne n’était pas qu’un simple mot. Nous l’avons incarné sur le terrain. Nous avons martelé aux Sénégalais que ces deux hommes formaient une équipe indissociable, liés par des liens fraternels, partisans et institutionnels », confie-t-il, la voix tremblante d’émotion.
Un bras de fer institutionnel s’installe
Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, peu après son intervention musclée à l’Assemblée nationale où il critiquait ouvertement certaines mesures gouvernementales, a déclenché une crise sans précédent. Ce mardi, les députés sénégalais se réunissent pour trancher deux questions cruciales : la réintégration d’Ousmane Sonko comme député et l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée, El Hadj Malick Ndiaye ayant démissionné en signe de protestation.
La majorité parlementaire, détenue par le Pastef-Les Patriotes, place Ousmane Sonko en position idéale pour occuper la présidence du parlement. Une situation qui, selon le politologue Malao Kanté, pourrait aggraver les tensions. « Ousmane Sonko incarne désormais l’opposition, mais son parti contrôle l’Assemblée. Cela crée un risque de motion de censure contre le prochain Premier ministre. Le pays s’achemine vers une paralysie institutionnelle, un scénario qui risque de bloquer le fonctionnement de l’État », analyse-t-il.
L’opposition dénonce une manœuvre illégale
Adama Fall, cadre du Pastef-Les Patriotes, appelle à dépasser les querelles personnelles pour l’intérêt national. « L’histoire du Sénégal et de l’Afrique regorge d’exemples similaires, mais notre génération est différente. Nous refusons de répéter les erreurs du passé. Cette crise doit être résolue dans l’intérêt supérieur de la nation », déclare-t-il.
La démission d’El Hadj Malick Ndiaye, un fidèle d’Ousmane Sonko, a provoqué une onde de choc au sein du parti. Plusieurs responsables ont démissionné par solidarité, tandis que le groupe parlementaire de l’opposition Takuu Walu a tenu une conférence de presse pour rejeter cette démission, la jugeant nulle et contraire au règlement intérieur. Aïssata Tall Sall, présidente du groupe, a appelé le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour contester la réintégration d’Ousmane Sonko, qualifiant cette manœuvre de « coup d’État constitutionnel ».
Bassirou Diomaye Faye a nommé dans la foulée un nouveau Premier ministre : Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, un banquier ancien de la BCEAO. Ce dernier a souligné l’importance de mobiliser la nation face à ce tournant politique.