Dans les coulisses troubles de la République centrafricaine, une organisation paramilitaire russe redessine son influence grâce à un commerce illicite florissant : le trafic de tramadol. Selon les révélations du Wall Street Journal, le Groupe Wagner a transformé ce pays d’Afrique centrale en un véritable « empire de la drogue », lui offrant un nouvel élan économique et stratégique.

Le tramadol, un antalgique initialement prescrit pour des douleurs modérées, est ici reconditionné à haute dose, en faisant une substance aussi stimulante qu’un opioïde puissant. Surnommé « la cocaïne du pauvre », ce médicament détourné circule massivement sur le territoire, alimentant un marché noir particulièrement lucratif.

une stratégie de survie pour Wagner

Malgré la mort d’Evgueni Prigojine en 2023 et la montée en puissance d’Africa Corps, une entité affiliée au ministère russe de la Défense, le Groupe Wagner conserve une emprise solide sur la République centrafricaine. Présent depuis 2018, cette milice privée, désormais dirigée par le fils de Prigojine, Pavel, compte environ 500 hommes et tire parti des faiblesses structurelles du pays.

Avec ses richesses minières (or, diamant, uranium) et ses ressources forestières, la Centrafrique offre un terrain idéal pour les activités illégales. Wagner y exploite des mines d’or, générant selon Global Initiative des profits annuels estimés à 180 millions de dollars (160 millions d’euros). Ces revenus s’ajoutent à un contrôle quasi total des institutions locales, comme le souligne le Centre d’études stratégiques pour l’Afrique, financé par le Pentagone.

le tramadol, une arme chimique et politique

Le trafic de tramadol s’organise depuis la République démocratique du Congo, d’où il est acheminé par voie fluviale avant d’être distribué dans les rues de Bangui. Les mercenaires de Wagner supervisent ce réseau, écoulant la drogue dans les échoppes locales et l’exportant vers les pays voisins à des tarifs exorbitants.

Les cibles de ce commerce sont variées : membres de la garde présidentielle, miliciens des « Requins » (une milice pro-gouvernementale), mineurs d’or, manifestants pro-russes et combattants engagés dans des opérations anti-insurrectionnelles. Selon les experts interrogés par le Wall Street Journal, le tramadol est distribué pour « renforcer leur courage au combat », transformant ainsi les soldats en consommateurs dépendants.

Les observateurs craignent désormais une extension des activités de Wagner vers le Soudan, via les Forces de soutien rapide (FSR), qui opèrent dans des zones frontalières avec la Centrafrique. Cette expansion pourrait aggraver les tensions régionales et renforcer l’influence russe en Afrique.