Plus de trois ans après avoir fui les violences qui ravagent leur pays, des centaines de milliers de Maliens ont trouvé refuge en Mauritanie. Mais les récents développements dans leur pays natal, marqués par des offensives rebelles et la présence controversée de mercenaires russes, ont ravivé chez eux un mélange d’espoir et d’appréhension.
Un espoir de retour conditionné par le départ des mercenaires
« Si les Russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous » : cette phrase, répétée comme un mantra par de nombreux réfugiés, résume l’état d’esprit ambivalent qui règne dans les camps mauritaniens. Mosso*, un éleveur touareg de 57 ans, incarne cette quête de paix. Originaire de la région de Mopti, il a fui son village il y a trois semaines après l’arrivée de paramilitaires blancs, qu’il identifie comme membres de l’Africa Corps, une milice russe désormais déployée aux côtés de l’armée malienne.
Le drame qu’il a vécu reste gravé dans sa mémoire : son frère a été tué sous ses yeux par des Russes, devant son fils alors âgé de 14 ans. « C’est Goïta qui a fait venir Wagner », s’indigne-t-il, visiblement amer. Le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, est en effet accusé par une partie de la population d’avoir enrôlé ces mercenaires pour combattre les groupes armés, au prix de violations répétées des droits humains.
Les exactions attribuées aux paramilitaires russes ne sont pas isolées. Des organisations de défense des droits humains, comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont récemment porté plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour des crimes présumés commis par l’armée malienne et ses alliés étrangers.
La complexité des alliances militaires au Mali
Les récents succès militaires du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, ont fragilisé la junte au pouvoir à Bamako. Le ministre malien de la Défense a notamment été tué lors de ces affrontements, marquant un tournant dans le conflit. Pour les réfugiés, ces événements pourraient signifier une issue positive… ou un nouveau cycle de violences.
Ahmed*, 35 ans, réfugié dans le camp de Mbera, espère lui aussi un retour au pays. Mais il reste méfiant : « Les militaires ont amené tous les problèmes. C’est à cause de Wagner que nous sommes ici. » Son témoignage reflète une défiance généralisée envers les autorités maliennes, perçues comme responsables de l’escalade des tensions.
Pourtant, certains comme Abdallah*, 77 ans, expriment des réserves sur les groupes armés. « Je ne suis pas satisfait de la reprise de Kidal par le FLA », confie-t-il. Il craint que l’alliance entre indépendantistes touaregs et jihadistes ne mène à une radicalisation accrue du conflit.
Un Sahel sous tension et des ressources épuisées
La Mauritanie, souvent perçue comme un îlot de stabilité dans une région en proie au chaos, accueille aujourd’hui plus de 300 000 réfugiés maliens, principalement dans la région du Hodh Chargui. Cette affluence met à rude épreuve les ressources locales, déjà limitées dans ce désert sahélien.
Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, une commune frontalière abritant 70 000 réfugiés, alerte sur les tensions croissantes : « La pression sur les pâturages, l’eau et les services de base s’intensifie. Chaque nouvel afflux de réfugiés aggrave la situation. » Les violences au Mali, notamment les blocus imposés par le Jnim depuis octobre, ont déjà poussé près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, à franchir la frontière.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) suit de près l’évolution de la crise. « Nous sommes extrêmement inquiets », déclare son porte-parole en Mauritanie, Omar Doukali. « Chaque offensive au Mali peut déclencher un nouvel exode. »
Entre espoir et résignation : le quotidien des réfugiés
Tilleli*, 22 ans, tient dans ses bras sa fille d’un an. Elle a fui son village de Mopti il y a un mois, après qu’une colonne de mercenaires russes et de soldats malien a pillé et incendié les habitations. « Je ne rentrerai que lorsque les Wagner auront quitté le Mali », affirme-t-elle, les yeux remplis de larmes. « La paix semble si lointaine… »
Comme elle, des milliers de Maliens partagent ce sentiment d’incertitude. Leur survie dépend désormais de deux scénarios : soit l’Africa Corps quitte le pays, ouvrant la voie à une stabilisation ; soit les combats s’intensifient, condamnant des générations entières à vivre dans l’exil.