9 juin 2026
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Mali : une alliance inattendue entre Touaregs et djihadistes ébranle la junte militaire

Une offensive d’une ampleur sans précédent a secoué le Mali ce week-end, marquant un tournant dans le conflit malien. Des groupes touaregs et des milices djihadistes, unis pour la première fois, ont lancé des attaques simultanées dans sept villes clés du pays. Cette coordination inédite a semé la confusion au sein des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes, mettant en lumière les failles d’un système sécuritaire déjà fragilisé.

Carte du Mali illustrant les zones touchées par l'offensive

Une attaque synchronisée dans sept villes stratégiques

Dès l’aube du 25 avril, des groupes armés organisés ont frappé simultanément Bamako (et sa banlieue de Kati), Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. La ville de Kidal, bastion militaire au nord-ouest du pays, est passée sous contrôle insurgé, marquant une perte territoriale majeure pour l’armée malienne. Les assaillants ont utilisé des tactiques hybrides : véhicules piégés, drones kamikazes, engins explosifs improvisés et attaques frontales contre des infrastructures critiques comme la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keïta.

Des pertes humaines et matérielles lourdes

Selon le général Oumar Diarra, chef d’état-major des forces armées, les combats ont fait 16 blessés parmi les civils et militaires. Le bilan humain s’est alourdi avec la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, tué lors d’un attentat-suicide visant sa résidence à Kati. L’attaque a également provoqué l’effondrement de sa maison, causant la mort de plusieurs civils et d’une mosquée voisine. Le général Assimi Goïta, chef de la junte militaire, a été évacué vers une position sécurisée.

Un retrait russe controversé et une réponse militaire en question

Le Corps d’Afrique, une force paramilitaire russe opérant aux côtés des FAMa, a annoncé son retrait de Kidal, évoquant une décision conjointe avec les autorités maliennes. Ce départ, survenu après des combats intenses, soulève des interrogations sur la stratégie sécuritaire de Bamako et de Moscou dans la région. L’Africa Corps affirme avoir neutralisé plus de 1 000 djihadistes et détruit plus de 100 véhicules, tout en maintenant le contrôle des positions stratégiques et des aéroports.

Cependant, des sources locales rapportent des combattants blessés dans les rangs russes, évacués en urgence. Les militants, équipés de véhicules blindés, de drones FPV et de mortiers, auraient infligé des pertes significatives à la coalition maliano-russe, forçant un redéploiement tactique dans la région d’Anefis.

Une alliance improbable entre Touaregs et djihadistes

Cette offensive révèle une collaboration inédite entre le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement indépendantiste touareg, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Longtemps ennemis, ces groupes ont uni leurs forces face à un ennemi commun : la junte militaire de Bamako et ses alliés russes. Leur alliance, scellée en mai 2024 par un accord de non-agression, a été réactivée en juillet 2024 après une bataille sanglante à Tinzaouaten, où ils ont infligé une défaite cuisante aux mercenaires russes.

Cette coordination a été renforcée par des soutiens extérieurs, notamment ukrainiens. Selon des analystes, le GUR, service de renseignement militaire ukrainien, aurait fourni des informations tactiques aux rebelles, leur permettant de déployer des tactiques innovantes (drones kamikazes, véhicules gonflables) inspirées du conflit ukrainien. Kiev dément toute implication directe, mais Bamako a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine en réponse.

Un tournant dans la crise malienne

Cette alliance marque un changement radical dans le paysage sécuritaire du Sahel. Le Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA), regroupant plusieurs factions touarègues, a officiellement quitté les accords d’Alger de 2015, mettant fin à une trêve fragile. Leur objectif : obtenir l’autonomie de l’Azawad, tandis que les djihadistes du JNIM poursuivent leur quête d’un État islamique. Malgré leurs divergences idéologiques, leur collaboration tactique a permis une offensive d’une ampleur inédite, avec des milliers de combattants impliqués.

Conséquences politiques et régionales

La mort du ministre Sadio Camara, architecte de la coopération avec Moscou, représente un coup dur pour la junte. Son décès, ainsi que la perte de Kidal, pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de la transition malienne. Le gouvernement de Bamako a décrété deux jours de deuil national et instauré un couvre-feu de 72 heures à Bamako.

Sur le plan international, cette offensive interroge sur l’efficacité de l’Africa Corps et des stratégies russes en Afrique. Le retrait de Kidal et les pertes subies soulèvent des questions sur la durabilité du soutien russe face à une insurrection en expansion. Par ailleurs, l’implication présumée de l’Ukraine ajoute une dimension géopolitique à ce conflit, transformant le Sahel en un nouveau champ de bataille entre puissances mondiales.

Que nous réserve l’avenir ?

Alors que les opérations de ratissage se poursuivent dans plusieurs zones, la situation reste extrêmement volatile. Les groupes armés, désormais mieux coordonnés, pourraient étendre leurs opérations vers d’autres régions. La junte, affaiblie par des pertes humaines et territoriales, doit désormais faire face à un double défi : restaurer la sécurité et maintenir sa légitimité politique.

Dans ce contexte, la communauté internationale est appelée à réagir. L’ONU, l’Union africaine et les pays voisins devront réévaluer leur stratégie pour éviter une escalade incontrôlable dans une région déjà en proie à l’instabilité.