9 juin 2026
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Mali : les autorités face à l’urgence de protéger les droits humains

Communiqué
Mali

Des voix dissidentes enlevées, des appels à la violence en hausse : le Mali traverse une crise des droits fondamentaux. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) alerte sur l’aggravation de la situation et exige le respect de la Constitution.

Bamako, début mai 2026. Depuis les attaques des 25 et 26 avril, le Mali est frappé par une vague d’enlèvements ciblant les opposants et les défenseurs des droits humains. La FIDH dénonce ces disparitions forcées, les appels publics à la violence et les intimidations contre les dissidents.

Entre le 2 et le 5 mai, trois personnalités ont été enlevées à Bamako par des hommes armés et encagoulés circulant dans des véhicules sans plaque d’immatriculation : Me Mountaga Tall, avocat engagé dans la démocratie malienne ; Moussa Djiré, surnommé Abba, président du mouvement Yiriba 223 ; et Youssouf Daba Diawara, ancien membre de la Coordination des mouvements liés à l’imam Mahmoud Dicko. Leurs lieux de détention et leur état de santé restent inconnus.

Les méthodes utilisées évoquent celles attribuées à l’Agence nationale de sécurité d’État (ANSE), déjà impliquée dans plusieurs affaires d’enlèvements depuis 2021. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour.

« Ces disparitions représentent une escalade dangereuse dans la répression des opposants au Mali. Les autorités doivent impérativement localiser les victimes, garantir leur sécurité et diligenter des enquêtes indépendantes », a déclaré Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « La lutte contre le terrorisme ne peut servir de prétexte pour bafouer l’état de droit et les libertés fondamentales. »

Une montée des discours de haine et des menaces

La FIDH s’inquiète de l’escalade des discours haineux et des appels à la violence sur les réseaux sociaux, portés par des proches du pouvoir. Journalistes, défenseurs des droits humains en exil et leurs familles subissent des menaces de mort, des campagnes de diffamation et des intimidations, voire des appels à la perte de nationalité.

Lors des obsèques du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques d’avril, Aboubacar Sidiki Fomba, membre du Conseil national de transition (CNT), a publiquement appelé à « tuer » et à « retirer la nationalité » aux critiques vivant à l’étranger. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces propos, aucune action judiciaire n’a été engagée contre leurs auteurs. Ces dérives s’inscrivent dans un contexte de restriction croissante de l’espace civique depuis les coups d’État de 2020 et 2021, marqué notamment par la dissolution des partis politiques en mai 2025.

Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont causé de nombreuses victimes civiles et militaires. La FIDH condamne sans réserve ces exactions, ainsi que les violations du droit international humanitaire perpétrées par ces groupes. Elle dénonce également les attaques du JNIM contre des villages de la région de Bandiagara le 6 mai, qui ont touché des civils. L’organisation réitère son appel à toutes les parties pour le respect des droits humains et du droit humanitaire, et presse la communauté internationale d’agir pour une solution durable à la crise au Sahel, afin de protéger les populations prises au piège de la violence.

La FIDH exige des autorités maliennes qu’elles mettent fin sans délai aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux pressions sur les voix dissidentes. Elle réclame également l’ouverture d’enquêtes transparentes sur les appels à la violence en ligne et les menaces proférées.