6 mai 2026
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Assimi Goïta, un pouvoir militaire et politique sous pression à Bamako

En cumulant officiellement les fonctions de Président de la République et de ministre de la Défense, le Colonel Assimi Goïta accentue la centralisation du pouvoir à Bamako. Cette décision, loin d’être anodine, révèle une crise structurelle : une chaîne de commandement paralysée et une stratégie sécuritaire en perte de vitesse. L’échec cuisant de la reprise de Kidal et l’épuisement des alliances militaires, notamment avec la Russie, placent le Mali dans une situation critique.

Un cumul des pouvoirs aux conséquences lourdes

En s’arrogeant le contrôle des ministères de la Défense, Assimi Goïta franchit une étape supplémentaire dans la concentration des décisions. Désormais, c’est lui qui définit les orientations stratégiques, mais aussi qui en porte la responsabilité opérationnelle. Pour les observateurs de la sous-région, ce choix reflète une méfiance accrue au sein de l’entourage du pouvoir.

Dans un pays en transition prolongée, une telle centralisation interroge : comment un seul dirigeant peut-il piloter la diplomatie, gérer l’État et superviser une guerre asymétrique ? En supprimant les intermédiaires ministériels, Goïta s’expose directement. Chaque revers militaire ne sera plus imputable à un subordonné, mais à lui seul, transformant chaque défaite en un fiasco personnel.

Kidal, symbole d’un échec militaire et politique

Il y a quelques mois, les autorités maliennes célébraient avec emphase la « libération » de Kidal, présentée comme un triomphe de la souveraineté nationale. Pourtant, la réalité a rapidement balayé ces illusions. La ville, verrou stratégique du Nord, est retombée sous le contrôle des groupes armés, principalement le JNIM et la CMA/FLA.

Ce revers n’est pas seulement symbolique, il est tactique. Les insurgés ont profité des failles de l’armée malienne, malgré les annonces de renforcement. L’absence d’administration civile et le vide sécuritaire ont permis une reprise rapide des zones reconquises. Le JNIM, en particulier, a perfectionné ses tactiques, isolant les garnisons et coupant les voies d’approvisionnement, réduisant les succès militaires à des victoires éphémères.

Wagner et l’alliance russe : une stratégie sécuritaire en débat

Le partenariat avec la Russie, matérialisé par le groupe Wagner (renommé Africa Corps), était censé offrir au Mali une alternative souveraine face à la France. Pourtant, les résultats concrets peinent à se concrétiser. Les paramilitaires russes, bien que présents sur les fronts les plus dangereux, adoptent une approche controversée : la « terre brûlée », qui radicalise les populations locales au lieu de les pacifier.

Les rapports sur les violations des droits humains se multiplient, alimentant le recrutement des groupes terroristes. Pire encore, l’efficacité opérationnelle de ces instructeurs est remise en cause face à la vulnérabilité des colonnes militaires maliennes, souvent prises dans des embuscades meurtrières. Avec la Russie elle-même engluée dans son conflit en Ukraine, peut-elle vraiment fournir au Mali le soutien aérien et technologique nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? Rien n’est moins certain.

L’isolement diplomatique du Mali : un pari risqué

La crise sécuritaire du Mali s’accompagne d’un isolement diplomatique croissant. En quittant la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), Bamako a choisi une voie d’autonomie militaire. Pourtant, les frontières restent perméables et le terrorisme ne connaît pas de frontières nationales.

En se coupant des mécanismes de coopération régionale, le Mali se prive d’informations cruciales et d’un soutien logistique essentiel. Pour les capitales voisines, le cumul des postes par Goïta est perçu comme un durcissement autoritaire, rendant le dialogue encore plus difficile. Résultat : Bamako se trouve dans une position paradoxale, cherchant à affirmer sa souveraineté par la force, tout en dépendant de partenaires extérieurs opaques et d’une chaîne de commandement ultra-centralisée.

L’enlisement malien : vers une crise multidimensionnelle

Les populations du Centre et du Nord du Mali subissent de plein fouet l’insécurité grandissante. Malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques réorganisées, les attaques contre les convois civils et militaires se multiplient, devenant quasi quotidiennes.

Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur une stratégie risquée. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement populaire, actuellement étouffé par une répression sécuritaire, pourrait éclater. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a précédé des crises majeures.

Pour éviter l’impasse, le Mali devra repenser sa stratégie globale. La force brute et les alliances mercenaires ont montré leurs limites. Sans une gouvernance inclusive et une véritable politique de réoccupation sociale des territoires, l’armée malienne pourrait voir sa crédibilité s’effriter face à la résilience des groupes armés. L’heure n’est plus aux discours belliqueux, mais à un réalisme politique urgent. Car derrière les discours et les uniformes, c’est la pérennité de l’État malien qui se joue dans les sables mouvants du Nord.