16 septembre 2026
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Une souveraineté proclamée, mais sous influence

Le général Yacouba Isaac Zida, ancien chef de l’exécutif de transition burkinabè, radié de l’armée pour désertion et aujourd’hui en exil, a récemment brisé le silence. Avec une sévérité qui ne laisse aucun doute, il a déclaré : « La véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre, mais à se donner les moyens de ne dépendre de personne. » Une phrase qui sonne comme un réquisitoire contre la politique menée par le capitaine Ibrahim Traoré au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Zida, lui-même acteur et produit des soubresauts de l’armée burkinabè, incarne les contradictions d’une classe militaire qui, depuis des années, promet la stabilité sans jamais parvenir à sortir du cycle des coups de force et des engagements non tenus. Son analyse met en lumière l’imposture d’un pouvoir qui, sous couvert de rupture anti-impérialiste, ne fait que renégocier les termes de sa soumission.

Les quatre piliers d’une dépendance persistante

Derrière les discours enflammés et les slogans populistes, la réalité du régime de Ouagadougou se heurte à une évidence : l’incapacité chronique à bâtir une autonomie véritable. Quatre dépendances majeures continuent de plomber le pays.

1. Une défense sous tutelle étrangère

L’ambition affichée de constituer une force armée nationale souveraine se fracasse contre le recours massif à des instructeurs et paramilitaires étrangers. L’approvisionnement en aéronefs, munitions et blindés légers, souvent présentés à tort comme « fabriqués localement » alors qu’ils sont simplement assemblés sur place, confirme une subordination totale aux chaînes logistiques extérieures. La doctrine militaire elle-même reste largement importée.

2. L’alimentation comme révélateur de l’échec

La rhétorique de l’auto-prise en charge alimentaire se heurte à la dure réalité des faits. La mise en scène médiatique autour de la réception de dons de blé russe, ou les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les populations déplacées, témoignent d’une incapacité à assurer ne serait-ce que la subsistance de base des citoyens. Le régime ne parvient pas à nourrir son peuple sans l’aide extérieure.

3. Des finances sous perfusion

Incapable de financer son budget de crise par des ressources internes assainies, le pouvoir militaire se tourne vers des expédients financiers et des prêts d’urgence contractés auprès de nouveaux parrains géopolitiques. Une fuite en avant qui hypothèque l’avenir économique des générations futures.

4. L’impasse technologique et stratégique

Qu’il s’agisse de la fourniture d’intrants agricoles ou d’équipements énergétiques, l’absence d’un tissu industriel autonome condamne le pays à quémander hors de ses frontières ce qu’il est incapable de produire. Une dépendance qui n’a rien à envier à celle dénoncée hier.

L’AES : un slogan supranational pour masquer la faillite interne

La précipitation à créer une armée confédérale et des structures supranationales au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) relève d’une fuite en avant propagandiste. Deux dynamiques perverses se dessinent.

La démission face aux urgences intérieures

Prétendre fusionner des souverainetés régionales alors que le territoire national reste largement hors de contrôle de l’État relève de l’aveuglement stratégique. La priorité absolue devrait être la sécurisation des populations et la consolidation des institutions de base, et non l’empilement de coquilles vides.

La mise en scène de la légitimité

La multiplication des sommets et des déclarations enflammées sert avant tout de bouclier politique pour pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment d’une planification rigoureuse et réaliste.

Conclusion : un changement de tuteur, pas d’émancipation

Une souveraineté authentique ne s’exhibe pas dans des parades militaires ni dans la dépendance aux distributions de céréales étrangères. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le capitaine Traoré n’a pas affranchi le Burkina Faso : il en a simplement changé le tuteur. La véritable liberté, elle, reste à conquérir.