18 septembre 2026
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Libreville, vendredi 18 septembre 2026 – Derrière la nomination d’Alain-Georges Moukoko à la tête du parquet général de Libreville se cache une volonté de transformer en profondeur l’appareil judiciaire gabonais. Le 16 septembre 2026, à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature a porté ce magistrat de 52 ans au poste de procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, succédant à Eddy Narcisse Minang. Un choix qui révèle les priorités d’un sommet de la magistrature déterminé à redorer le blason d’une justice en quête de crédibilité.

Un profil taillé pour les dossiers sensibles

Alain-Georges Moukoko incarne un parcours atypique dans le paysage judiciaire gabonais. Formé à l’École nationale de la magistrature, il a exercé comme procureur de 2007 à 2016 avant de rejoindre la Cour d’appel de Mouila. Mais c’est surtout son expertise dans des domaines peu conventionnels qui retient l’attention : droit humanitaire, lutte contre la corruption, criminalité transnationale et, surtout, justice environnementale.

Fondateur de l’Association des magistrats verts du Gabon, il s’est illustré dans des dossiers liés à l’exploitation forestière illégale, à la pêche illicite, au braconnage et au trafic d’espèces protégées. Son passage comme Humphrey Fellow aux États-Unis a renforcé cette dimension internationale, lui conférant une stature rare dans une région où les réseaux criminels environnementaux ignorent les frontières.

Un engagement récompensé

En 2015, il reçoit le prix Iqbal Masih pour son action contre la traite des enfants. Le département américain du Travail salue alors son rôle dans le démantèlement de réseaux de travail forcé et la formation des acteurs publics à la protection des victimes. Un parcours qui pèse dans la balance au moment où le Gabon veut renforcer la protection de ses forêts et de sa biodiversité.

Une équipe et une feuille de route

Le nouveau procureur général prend la tête d’un parquet stratégique, couvrant les dossiers les plus sensibles de la capitale. Il sera épaulé par trois avocats généraux – Hortense Komba Bango épouse Ngossanga, Olivier Nzaou et Angélique Ndouna – ainsi que deux substituts généraux, Rodrigue Ondo Mfoumou et Andy Kinette Ntsame Mamadou. Le CSM l’a également inscrit au tableau d’avancement au grade hors hiérarchie.

Cette nomination intervient dans un contexte d’exigences accrues. Lors de la session de Port-Gentil, le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur la diligence des procédures, l’encadrement des pratiques judiciaires et le respect des délais raisonnables. La feuille de route dépasse donc les simples mouvements de personnes.

Les véritables enjeux d’un mandat

Diriger un parquet général ne se résume pas à ouvrir des dossiers. Il faudra coordonner plusieurs niveaux du ministère public, assurer la cohérence de l’action pénale et veiller au suivi des procédures. La performance se mesurera à la qualité des dossiers, à la célérité de leur traitement et à l’exécution des décisions de justice.

La succession d’Eddy Minang mérite une précision : le CSM a entériné la situation disciplinaire de l’ancien procureur général, dont les voies de recours restent ouvertes. Le changement de titulaire ne constitue pas, en soi, une explication des décisions passées ni la preuve d’un lien entre les deux dossiers.

Pour Alain-Georges Moukoko, l’enjeu est de transformer un parcours riche en résultats concrets. Son expérience environnementale, sa connaissance du ministère public et son exposition internationale sont des atouts. Mais la vraie mesure de son mandat sera quotidienne : dans la manière dont le parquet poursuivra les dossiers, respectera les garanties procédurales et répondra aux attentes des justiciables.

Libreville accueille donc un procureur général au profil singulier. À lui de démontrer que cette expérience peut se traduire en une justice plus lisible, plus diligente et plus solidement ancrée dans le droit.