18 septembre 2026
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Derrière la façade sécuritaire, une lutte d’influence décisive se joue au sommet de l’État nigérien. Le Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD), officiellement créé pour sécuriser les sites stratégiques, est devenu le théâtre d’un affrontement souterrain entre le général Abdourahamane Tiani, le général Salifou Mody et Lamine Zeine. En cause : une manne financière de 1,8 milliard de FCFA par mois, dont le contrôle cristallise toutes les tensions. Révélations sur un bras de fer qui redessine les équilibres du pouvoir à Niamey.

Le CFPD, un instrument au service d’intérêts bien plus vastes

Le 9 mai 2024, le général Abdourahamane Tiani, chef du CNSP, signe le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN. Ce texte institue le Commandement des Forces de Protection et de Développement, une structure vouée à la protection des infrastructures critiques : mines, installations pétrolières, corridors et pipelines. Le ministère de la Défense justifie cette création par la nécessité de sécuriser les sites névralgiques. En parallèle, le recrutement de 10 000 jeunes la même année vient étoffer les rangs des Forces armées nigériennes. Un dispositif qui accompagne la montée en puissance militaire du régime, mais qui, dans l’ombre, attise les convoitises.

L’article 28 : la clause qui met le feu aux poudres

L’article 28 du décret est au cœur du litige. Il instaure une Prime Unique d’Astreinte (PUA) d’au moins 12 000 FCFA par homme et par jour, tout en obligeant les entreprises concernées par la sécurisation à contribuer financièrement. Pour un effectif de 5 000 hommes, les calculs sont édifiants :

  • Par jour : 5 000 hommes × 12 000 FCFA = 60 millions de FCFA.
  • Par mois (30 jours) : 1,8 milliard de FCFA.
  • Par an : 21,9 milliards de FCFA.

Ces montants ne relèvent pas de la théorie : ils se matérialisent par des contrats signés avec les entreprises, des versements effectués et des effectifs déployés. C’est précisément cette réalité financière qui alimente la guerre secrète entre les piliers du régime.

Mody contre Zeine : quand la Défense défie les Finances

Le général Salifou Mody, ministre de la Défense, a été l’artisan de la mise en œuvre du CFPD. Selon nos informations, le général Tiani aurait signé le décret sous la pression directe de son ministre. Mais une fois le texte paraphé, le chef du CNSP aurait ordonné à Lamine Zeine, alors ministre des Finances, de bloquer les dispositions financières du CFPD. Résultat : une structure créée mais privée de moyens. Le général Mody se retrouve ainsi face à un blocage politique qui entrave directement son projet.

Un contentieux qui empoisonne le sommet de l’État

Lamine Zeine incarne le point de friction central. En janvier 2026, il cumule les fonctions de Premier ministre et de ministre de l’Économie et des Finances, tandis que Salifou Mody est ministre d’État à la Défense. Le blocage budgétaire du CFPD va précipiter leur rupture. Mody obtient le retrait du portefeuille des Finances à Zeine, puis impose son départ de la Primature. La confiance entre les hommes forts du régime vole en éclats.

La recomposition : Mody s’empare des rênes du pouvoir

L’éviction de Zeine ouvre la voie à une reconfiguration. Le général Mody prend la tête du gouvernement et pose une condition : cumuler les postes de Premier ministre et de ministre de la Défense. Il concentre alors entre ses mains les leviers politiques, militaires et administratifs. Une mainmise qui acte la défaite de Zeine et la victoire stratégique de Mody dans la bataille du CFPD.

Damolleydi : l’autre terrain d’affrontement

Face au blocage du CFPD, le régime lance la mobilisation générale « Damolleydi » pour fédérer volontaires et structures existantes. Le général Mody en prend la tête, évinçant au passage le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur. Mais contre toute attente, Mody freine volontairement la mise en œuvre de Damolleydi. Le dispositif perd sa visibilité, supplanté par des structures locales autonomes. Une manière de garder le contrôle sans partager les fruits.

Trois leviers pour verrouiller l’appareil d’État

Cette guerre secrète autour du CFPD révèle une lutte pour le contrôle de trois axes stratégiques :

  • Le commandement : la mainmise sur les personnels affectés aux sites stratégiques.
  • Les missions : le pouvoir de désigner les infrastructures à sécuriser et de fixer les priorités.
  • L’argent : la gestion des entreprises contributrices et des flux financiers générés.

L’article 28 du décret régit ce mécanisme financier de 1,8 milliard de FCFA mensuels. Un montant qui dépasse la simple question sécuritaire pour devenir l’enjeu politique majeur.

Un enjeu bien au-delà des hommes

Derrière la rivalité entre Tiani, Mody et Zeine, c’est la maîtrise totale de l’appareil d’État qui se joue. Le vainqueur de cet affrontement détiendra le contrôle exclusif des hommes, des missions et des ressources du Niger. Le CFPD n’est que la partie émergée d’une lutte souterraine où se décide l’avenir du pouvoir à Niamey.