9 juin 2026
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Mali : « le terrorisme est l’ennemi de la paix, la responsabilité du pouvoir ne peut plus être ignorée »

Portrait de Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice malien

Depuis un mois, l’avocat et ancien ministre Mountaga Tall, ainsi que plusieurs militants pro-démocratie, militaires et religieux, sont détenus au secret par la Sécurité d’État malienne. Ces arrestations surviennent dans un contexte d’intensification des violences jihadistes et indépendantistes à travers le pays. Mamadou Ismaïla Konaté, ancien garde des Sceaux et opposant au régime de transition en place depuis six ans, analyse sans concession la situation politique, sécuritaire et judiciaire du Mali dans un entretien exclusif.

Des détentions arbitraires qui menacent l’État de droit

Mountaga Tall, figure de la société civile malienne, a été enlevé il y a un mois par les services de renseignement. Son fils et d’autres personnalités engagées pour la démocratie subissent le même sort. Malgré les appels à sa libération, les autorités de transition restent sourdes à ces demandes. « Même dans un contexte de lutte antiterroriste, la détention arbitraire est inadmissible. Un État de droit se juge à la manière dont il traite ses opposants, ses critiques et ses avocats. Que Mountaga Tall n’ait jamais été visité par un médecin, un avocat ou son bâtonnier est une honte pour le Mali. Après la réaction publique du bâtonnier, les autorités ont riposté en enlevant son fils. Cette escalade est insupportable et révèle une stratégie de terreur. »

La justice malienne sous influence : entre sévérité et complaisance

Depuis plusieurs années, la justice malienne semble s’être alignée sur les attentes du pouvoir. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été condamné à un an de prison ferme pour un tweet jugé subversif, tandis que des appels au lynchage de militants pro-démocratie ou à la destruction de commerces étrangers restent impunis. « La justice n’est plus au service de l’État, mais d’un régime. Elle doit se souvenir qu’elle est au service de la nation, pas d’un gouvernement militaire. Les juges ont le devoir de résister, même sous la pression. »

Terrorisme et pouvoir : une responsabilité difficile à ignorer

Les attaques du 25 avril, menées par des groupes armés jihadistes et indépendantistes, ont fragilisé le pouvoir en place. Pourtant, six ans après le coup d’État de 2020, le régime de transition reste solidement installé, malgré l’absence d’élections et la détérioration de la situation sécuritaire. « Le terrorisme est la négation même de la paix et de la démocratie. Mais comment ignorer la responsabilité d’un pouvoir issu de la force, maintenu par la force et qui expose les citoyens à des dangers croissants ? Chaque décision prise par ce régime a des conséquences dramatiques sur le terrain. »

Pourquoi ne pas rejoindre la coalition de l’imam Dicko ?

Bien que critique envers le régime actuel, Mamadou Ismaïla Konaté refuse de rallier la Coalition des forces pour la République (CFR), dirigée par l’imam Dicko. « Nous sommes face à un dilemme : un pouvoir militaire autoritaire d’un côté, et de l’autre, des forces qui ont commis des exactions inacceptables en 2012. On ne peut pas faire table rase des crimes passés au nom de l’unité nationale. Il faut des préalables : reconnaître les horreurs de 2012, condamner toute alliance avec les groupes armés, et s’engager pour des valeurs républicaines. »

Souveraineté et opposition : une ligne de crête délicate

Les régimes du Mali, du Niger et du Burkina Faso, regroupés sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel (AES), accusent leurs opposants d’être des traîtres à la nation, des complices du terrorisme ou des instruments de l’ingérence étrangère. « Je suis Malien, patriote et engagé pour la démocratie. Les vrais antipatriotes sont ceux qui affament leur peuple et piétinent les libertés. Ce régime, issu de l’illégalité, ne supporte pas qu’on lui rappelle ses promesses non tenues et son mépris du droit. »