Une pénurie de carburant sans précédent, provoquée par le blocus de plusieurs axes routiers majeurs par des groupes djihadistes, aggrave la crise humanitaire au Mali. Cette situation critique perturbe profondément le quotidien de la société malienne et entrave les interventions des Nations Unies dans un pays déjà durement touché par l’insécurité alimentaire.
D’après les rapports du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés logistiques liées à l’approvisionnement en combustible ralentissent les secours dans le centre et le sud, notamment vers Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces localités sont des points de passage essentiels entre la capitale et les régions septentrionales. Dans ce contexte de politique Mali complexe, de nombreux acteurs humanitaires ont dû restreindre leurs déplacements, limitant les soins de santé mobiles à un périmètre réduit autour de leurs centres opérationnels.
Depuis le mois de septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, entrave les livraisons de carburant venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ce blocus pèse lourdement sur l’économie Mali, affectant Bamako et la quasi-totalité du territoire national.
La ville de Léré isolée du reste du pays
Dans la zone de Tombouctou, la commune de Léré, située à proximité de la frontière avec la Mauritanie, subit des restrictions d’accès sévères depuis la fin du mois d’octobre. Cette pression exercée par les groupes armés a provoqué d’importants mouvements de populations cherchant refuge dans des secteurs plus sécurisés.
Les données sur l’info Mali aujourd’hui révèlent une hausse des incidents entravant l’accès humanitaire, avec une cinquantaine de cas recensés en octobre. Les mines et engins explosifs constituent le danger principal. En outre, des violences directes et des enlèvements de personnels ont été signalés dans les régions de Ségou et de Gao. Un drame a également coûté la vie à deux agents humanitaires lors d’un accident de navigation sur le fleuve Niger, près de Douentza.
Un environnement politique et sécuritaire tendu
Cette dégradation s’inscrit dans une actualité Bamako marquée par un durcissement du pouvoir. Depuis 2020, le général Assimi Goïta a renforcé son contrôle, reportant les échéances électorales et limitant les libertés publiques. Cette trajectoire politique s’accompagne d’une intensification des affrontements impliquant le GSIM et l’organisation État islamique, particulièrement aux frontières avec le Burkina Faso et le Niger.
La situation est alarmante : environ 6,4 millions de personnes nécessitent une assistance d’urgence, dont une majorité d’enfants. Le pays compte désormais plus de 400 000 déplacés internes. Le Mali est aujourd’hui classé parmi les zones subissant les crises alimentaires les plus sévères au monde, au même titre que le Soudan ou le Yémen.
Pression migratoire à la frontière du Burkina Faso
Dans le secteur de Koro, l’arrivée massive de réfugiés burkinabés accentue les défis. Près de 50 000 personnes ont traversé la frontière depuis le printemps, doublant la population nécessitant une prise en charge dans cette zone. Pour faire face à cet afflux, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a renforcé sa présence locale afin de mieux coordonner l’aide internationale pour ces populations fuyant les combats.
Au total, le pays accueille plus de 150 000 réfugiés originaires du Burkina Faso et du Niger, illustrant l’ampleur des défis pour la société malienne et les organisations de secours dans cette région instable d’Afrique de l’Ouest.