7 juillet 2026
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Alors que la désinflation progresse à l’échelle nationale au Cameroun, la moyenne des prix masque des réalités économiques régionales très contrastées. Un récent rapport sur l’évolution de l’inflation, publié en mai 2026, révèle que cinq des dix capitales régionales du pays affichent un taux de hausse des prix supérieur au seuil de tolérance de 3% fixé par la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac). Cette zone regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République Centrafricaine. Sur l’ensemble du territoire camerounais, l’indicateur s’est établi à 2,7%, marquant une baisse notable par rapport aux 3,3% enregistrés douze mois auparavant.

Une dynamique inflationniste à plusieurs vitesses entre les régions camerounaises

L’analyse des prix met en lumière des disparités régionales significatives. Bertoua se positionne en tête de cette hiérarchie, avec une augmentation de 4,2% du niveau général des prix sur les marchés. Elle est suivie de près par Ngaoundéré (3,8%), Bafoussam (3,7%), Bamenda (3,6%) et Buea (3,2%). La capitale politique, Yaoundé, se situe précisément sur le seuil communautaire de 3%. À l’autre extrémité de ce spectre, Garoua parvient à contenir la hausse à 2,1%, devançant Douala (2,4%) et Ebolowa (2,6%). Maroua, chef-lieu de l’Extrême-Nord, se distingue de manière notable par une déflation de 0,7% sur le mois considéré.

Ces écarts s’expliquent par des facteurs structurels bien identifiés : les coûts de transport varient considérablement, la disponibilité des produits locaux est inégale, les circuits d’approvisionnement sont souvent fragmentés et des goulets d’étranglement logistiques persistent dans certaines zones. En somme, l’évolution des prix au Cameroun reste intrinsèquement liée à la géographie économique du pays et à la qualité des infrastructures qui connectent les zones de production aux marchés urbains.

L’insécurité, un facteur aggravant de l’inflation

Au-delà des statistiques pures, la carte de l’inflation épouse étrangement celle de l’insécurité. Bamenda et Buea, capitales des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, subissent depuis fin 2016 les conséquences d’un conflit séparatiste qui perturbe l’activité agricole et les échanges commerciaux. Ces perturbations s’étendent régulièrement à la région voisine de l’Ouest, dont Bafoussam est un pôle économique majeur. Une situation similaire est observée à Ngaoundéré et Bertoua, chefs-lieux de l’Adamaoua et de l’Est, des régions déstabilisées par des incursions de groupes armés venus de Centrafrique et du Tchad, ainsi que par l’afflux de populations déplacées.

Concrètement, l’insécurité entraîne une augmentation des coûts de transport, une réduction des récoltes disponibles pour la commercialisation et une hausse des marges des intermédiaires. La corrélation entre les zones de tension et les poussées inflationnistes est manifeste, bien que cette relation ne soit pas toujours directe ou mécanique.

Le cas singulier de Maroua et l’impact du naira nigérian

Toutefois, l’analyse des facteurs sécuritaires rencontre une exception notable. Maroua, capitale de l’Extrême-Nord, est la ville la plus exposée aux exactions de la secte islamiste nigériane Boko Haram depuis 2016. Pourtant, elle est la seule des dix grandes agglomérations étudiées à afficher un recul de ses prix en mai 2026. L’explication la plus probable réside dans sa proximité avec le Nigeria : la dépréciation continue du naira rend les marchandises importées, souvent acheminées par des circuits informels, particulièrement compétitives face au franc CFA. Ce différentiel monétaire agit comme un mécanisme d’amortissement de l’inflation, transformant la frontière en une voie d’accès à un pouvoir d’achat accru pour les ménages de la région.

Sur le plan macroéconomique, le Cameroun semble progressivement s’éloigner de la période de tensions inflationnistes amorcée fin 2021. Après un pic à 4,1% au premier semestre 2025, l’inflation nationale a chuté à 2,1% en avril 2026, avant de remonter légèrement à 2,7% en mai. La comparaison annuelle confirme cette modération : l’augmentation générale des prix a été divisée de manière significative en douze mois, permettant au pays de repasser sous la norme communautaire de la Cemac.

Pour la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), l’institution en charge de la politique monétaire sous-régionale, cette convergence vers l’objectif d’inflation offre de nouvelles marges de manœuvre. Néanmoins, la persistance de poches inflationnistes localisées, particulièrement dans les zones fragilisées par les crises sécuritaires, rappelle que le simple rétablissement des équilibres nominaux ne suffira pas à restaurer pleinement le pouvoir d’achat dans toutes les régions du pays.