31 juillet 2026
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Huit civils, dont trois enfants, tués lors d’une frappe attribuée à l’Africa Corps

Le 15 juin 2026, une frappe aérienne menée par l’Africa Corps, groupe sous contrôle russe, a frappé le village de Kyrnia, situé dans la région de Mopti au centre du Mali. Cette attaque a causé la mort de huit civils, dont trois enfants, et blessé plusieurs autres personnes. Aucune victime parmi les combattants de groupes armés islamistes n’a été recensée.

Des munitions larguées sur une zone habitée

Deux bombes ont été larguées par un avion identifié comme un Soukhoï Su-24. La première a frappé à proximité de la résidence du chef du village, tuant deux de ses enfants, sa femme et un autre enfant, tout en blessant une femme. La seconde a touché un marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres, provoquant la mort de quatre hommes et blessant deux autres personnes. Les dégâts collatéraux ont été importants : étalages détruits, bétail déchiqueté et habitations endommagées.

Des témoignages accablants

Plusieurs habitants ont décrit une scène de chaos. Un commerçant de 35 ans a rapporté avoir vu un avion de chasse survoler Kyrnia à basse altitude avant de larguer une bombe, provoquant une boule de feu. Un éleveur de vaches de 37 ans a évoqué une explosion suivie d’une épaisse fumée noire, tandis qu’un éleveur de chameaux de 48 ans a été projeté au sol par le souffle de l’explosion. Les secours, coordonnés par des combattants du GSIM, ont tenté de dégager les décombres.

Une attaque ciblée ou une erreur ?

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, contrôle Kyrnia depuis six ans. Selon les témoins, une centaine de ses combattants, dont un haut commandant, se trouvaient dans le village au moment des frappes. La plupart étaient rassemblés à la mosquée ou devant un magasin près du marché aux bestiaux. Aucun de ces lieux n’a été touché, mais une munition a frappé le marché. Le magasin, appartenant au chef du village, pourrait avoir été confondu avec une cible militaire en raison d’un pick-up similaire à ceux utilisés par le GSIM garé devant.

Les habitants ont également indiqué que le GSIM achetait régulièrement des fournitures sur le marché de Kyrnia, qui est devenu une plaque tournante commerciale depuis son contrôle par le groupe. Trois des fils du chef du village sont des combattants du GSIM, mais ils ne se trouvaient pas sur place lors de l’attaque.

Des preuves corroborées par des analyses techniques

Human Rights Watch a mené une enquête approfondie, incluant des entretiens avec 19 personnes entre le 24 juin et le 14 juillet, l’analyse d’images satellites des lieux des frappes, d’une vidéo publiée par Africa Corps et de photographies partagées sur les réseaux sociaux par le GSIM. Les images confirment la présence de deux cratères d’environ 12 mètres de large dans la partie sud de Kyrnia, ainsi que la destruction d’au moins neuf étals de marché. La frappe près de la résidence du chef a également provoqué l’effondrement d’au moins un bâtiment.

Le 23 juin, Africa Corps a revendiqué une frappe aérienne sur un « lieu de rassemblement de groupes terroristes » dans la région de Mopti, diffusant une vidéo des frappes et de leurs conséquences. Une géolocalisation a confirmé que les impacts visibles sur la vidéo correspondaient bien à Kyrnia.

Une violation flagrante du droit international

Le droit de la guerre, applicable au conflit armé au Mali, interdit les attaques visant des civils ou des biens de caractère civil, ainsi que les attaques indiscriminées ou disproportionnées. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les précautions pour limiter les pertes civiles. Dans ce cas, les frappes ne semblaient pas cibler un objectif militaire spécifique, ce qui en fait des attaques illégales.

Le gouvernement malien a l’obligation d’enquêter sur cet incident et de demander des comptes aux responsables, y compris aux membres d’Africa Corps. La junte malienne ne peut se soustraire à sa responsabilité en invoquant le rôle de ses alliés russes.

Un contexte sécuritaire marqué par l’alliance avec la Russie

Depuis 2012, le Mali fait face à une insurrection menée par des groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, le général Assimi Goïta, chef de la junte, a rompu les accords de coopération militaire avec la France et les Nations unies, renforçant les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur le groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps en 2023 après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine. Ce groupe opère désormais sous le contrôle direct de Moscou.

En juin 2026, le ministère russe des Affaires étrangères a reconnu la présence de personnel militaire russe aux côtés des forces maliennes pour assurer le contrôle du territoire après des attaques du GSIM dans plusieurs régions. Le ministère russe de la Défense a confirmé l’utilisation de Su-24 pour frapper les combattants du GSIM.

Des frappes aériennes controversées depuis 2025

Des rapports et des images satellites indiquent que l’Africa Corps déploie des avions Su-24 au Mali depuis au moins avril 2025. Aucun transfert officiel de ces appareils aux autorités maliennes n’a été enregistré. Ces avions sont capables de larguer une large gamme de munitions, y compris des armes guidées, compatibles avec les dégâts observés à Kyrnia.

Un témoin a décrit un drone survolant Kyrnia la veille de l’attaque, suggérant une surveillance préalable du village. Cette observation renforce l’hypothèse d’une planification minutieuse de l’opération.

Les victimes : un bilan humain lourd

Selon les informations recueillies, les huit victimes incluent trois enfants âgés de 1 à 10 ans, une femme de 24 ans et quatre hommes âgés de 30 à 40 ans. Les blessures étaient souvent graves : membres déchiquetés, bras cassés ou corps projetés par la force des explosions. Parmi les blessés, un homme est décédé le lendemain de l’attaque.

Les habitants ont exprimé leur colère et leur incompréhension face à cette attaque, qui a frappé une zone densément peuplée lors d’un jour de marché. Le GSIM, présent dans la région depuis des années, n’a pas été directement visé, mais la présence de ses combattants a pu influencer la décision d’engager une frappe aérienne.

Une enquête nécessaire pour rendre justice

Les autorités maliennes doivent ouvrir une enquête impartiale sur cette frappe aérienne et ses conséquences. La junte ne peut ignorer sa responsabilité dans les violations du droit international commises en collaboration avec l’Africa Corps. Les familles des victimes méritent des réponses, et les responsables doivent être tenus pour comptables de leurs actes.

Cette tragédie rappelle l’urgence de protéger les civils dans un conflit où les alliances militaires complexes exacerbent les risques pour les populations innocentes.